‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 197 sur 205 · ÉCLAIRCISSEMENTS SUR L*HIST01RE DE L'OPTMISME · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENTS SUR L*HIST01RE DE L'OPTMISME

qu'elle n'agisse pas en vertu d'une tendance à une un, étant elle-même une fin, il n'y a rien dans le monde qui n'ait sa cause finale et sa raison d'être (1). Le bien est partout dans l'univers, non que la Providence ait cherché le bien, mais parce qu'elle est le Bien môme. Sur la Providence et l'optimisme, Platon et Plotin sont d'accord. Le mal n'est autre chose que la condition nécessaire de l'existence du monde; il est l'effet de la matière, c'est-à-dire de cette nécessité métaphysique qui veut que le monde, simplement possible avant d'être^ passe de la puissance à l'actualité par le développement (2).

La réponse originale de Plotin au problème du mal, c'est que, étant donné un être imparfait dont nous regrettons rimperl'ection, il suffît de regarder avant lui et après lui pour voir se réaliser la perfection que nous voudrions trouver en lui. En premier lieu, la procession fait que tout être imparfait sort d'un être parfait, qui réalise déjà Tidéal du genre; en second lieu, tout être imparfait, par la conversion^ tend à devenir et deviendra aussi parlait que l'idéal- réel dont il est le produit, et même plus parfait encore, sans autre limite que la perfection absolue. Ainsi, dans les deux sens, derrière lui et devant lui, l'idéal de cet être est réalisé; regretter l'imperfection de cet être, ce serait regretter son existence présente, et de plus, empêcher sa perfection à venir. L'optimisme de Plotin s'étend par là dans deux directions : il remplit de tout le bien possible la ligne descendante de la procession, qui fait sortir les uns des autres tous les degrés de perfection, et la ligne ascendante du retour, qui fait monter l'imparfait au parfait. A voir l'univers dans son ensemble, dans son passé, son présent et son avenir, il redevient l'image aussi parfaite que possible du monde idéal. Si le mal y subsiste actuellement, et comme transition, il diminue sans cesse par la loi universelle du progrés ou de Vamour.

« Possédant le rang suprême, ou plutôt étant lui-même • suprême, le Bien domine toutes choses, il n'est pas con- « tingént pour elles; ce sont elles qui sont contingentes u pour lui, ou plutôt qui se rapportent à lui : car lui, il ne

1. Ennéades, V, vu, 7; IV, iv, 10, li, 12 ; 111, ii, 8, 9, 10.

l'optimisme dans saint AUGUSTIN. 321

tt les regarde pas ; ce sont elles qui le regardent. Quand « à Lui, il se porte, pour ainsi dire, vers les profondeurs « les plus intimes de lui-môme, s'aimant lui-môme, aimant « la pure clarté qui le constitue, étant lui-môme ce qu'il « aime, et se donnant par là l'existence à lui-môme (l). » C'est cet aniour du Bien pour lui-même qui est le principe de l'amour dans les autres êtres. Mû par le désir, l'être engendré se tourne vers son principe générateur pour en recevoir la forme qui le détermine et qui constitue sa perfection. Dans ce retour à l'Un (2) la matière reçoit la forme de l'Ame ; l'Ame, celle de l'Intelligence, et l'intelligence, celle'du Principe suprême (3).

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