‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 196 sur 205 · II. LA PROVIDENCE, SELON ÉPICTÈTE · texte numérisé non relu

II. LA PROVIDENCE, SELON ÉPICTÈTE

« Nous sommes si ingrats, que, sur les merveilles mêmes que la Providence a faites en notre faveur, bien loin de lui rendre grâces, nous Taccusons et nous nous plaignons d'elle. Cependant, grands dieux ! pour peu que nous eussions un cœur sensible et reconnaissant, une seule chose de la nature, et la moindre même, suffirait pour nous faire sentir la Providence et le soin qu'elle a de nous.

Si nous avions du sens, nous ne ferions autre chose toute notre vie, et en public et en particulier, que de rendre grâces à la Providence de tous les biens que nous en avons reçus et dont nous jouissons à tous les moments de notre vie. Oui, en bêchant, en labourant, en mangeant, eu nous promenant, en nous levant, en nous couchant, à chaque action, nous nous écrierions: Que la Providence est grande ! Tout retentirait du son de ces paroles divines : Que la Providence est grande! Mais vous êtes ignorants et aveugles. Il faut donc que je le dise pour vous, et que, vieux, boiteux, pauvre et infirme, je répète sans cesse : Que la Providence est grande !

Si j'étais rossignol ou cygne, je ferçiis ce qui est du cygne ou du rossignol. Je suis homme, j'ai la raison en partage : que dois-je donc faire ? Louer la Divinité. C'est ce que je ferai toute ma vie, et j'exhorte tous les hommes à su joindre à moi. »

ÉPICTÈTE, ( Entretiens ).

VII — l'optimisme chez les ALEXANDRINS.

PROSOPOPÉR Dn MONDE AFFIRMANT LA PROVIDENCE DIVINE.

a Puisque l'œuvre que nous considérons est le monde tout entier, si nous lui prêtions l'oreille attentive de l'intelligence, nous l'entendrions sans doute s'écrier :

— • C'est un Dieu qui m'a fait, et de ses mains je suis sorti accompli, renfermant dans mon sein tous les êtres animés, complet et me suffisant à moi-même, n'ayant besoin de rien, puisque tout est réuni en moi, les plantes, les ani-

l'optimisme chez les alexandrins. 319

maux, la nature entière des êtres engendrés, la multitude des dieux et la troupe des démons, les âmes excellentes et les hommes heureux par la vertu. Ce n'est point seulement la terre qui est riche de plantes et d'animaux de toute espèce ; la puissance de Tâme s'est étendue jusqu'à la mer. L'air et le ciel tout entier ne sont pas non plus inanimés : là aussi habitent toutes les âmes excellentes, qui communiquent la vie aux astres et qui président à la révolution éternelle et pleine d'harmonie, qui imite le mouvement de rintelligence par le mouvement éternel et rc^^ulier des astres autour d'un même centre, parce que le ciel n'a rien à chercher hors de lui-môme. Tous les êtres que je renferme aspirent au bien; tous l'atteignent, chacun selon sa puissance. En effet, au bien est suspendu le ciel tout entier, mon âme toute entière, les dieux qui habitent mes diverses parties, tous les animaux, toutes les plantes, et tout ce que je contiens d'êtres qui paraissent inanimés. Dans cet ensemble d'êtres, les uns semblent participer à l'existence seulement, les autres à la vie, les autres à la sensibilité, les autres à l'intelligence, les autres à toutes les puissances de la vie à la fois : car il ne faut pas demander des facultés égales pour des choses inégales, par exemple, la vue pour le doigt, puisqu'elle est propre à l'œil; quant au doigt, il lui faut tout autre chose, il faut qu'il ait la forme qui lui est propre et qu'il remplisse sa fonction. »

Plotin, Ennéades, III, n. Trad. Bouillet.

doctrine de plotin sur la providence et

l'optimisme.

La Providence, selon Plotin, c'est encore le Bien, qu'on retrouve au fond de toutes choses non comme substance, mais comme principe. Aussi la Providence, quoiqu'elle ne ne raisonne point, étant bien au-dessus du raisonnement et de ses opérations discursives, surpasse tout ce que le raisonnement pourrait produire. Quoiqu'elle ne se soit pas proposé un but par une prévision analogue à celle de l'artiste, elle surpasse toutes les merveilles de l'art. Quoi-

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