Cilé de Dieu, livre XI, ch. xxii
F. LBIBIfLE. 18.
322 éCLAIRCISSEXBNTS SUR L'HISTOIRE DE L*0PTIM1SME.
quel art admirable elles sont ordonnées, à quel point elles contribuent chacune en particulier à la beauté de l'univers, et quels avantages elles nous apportent quand nous savons bien en user, en sorte que les poisons mômes deviennent des remèdes, étant employés à propos, et qu'au contraire les choses qui nous flattent le plus comme la lumière, le boire et le manger, sont nuisibles pour l'usage qu'on en fait. La divine providence nous avertit par là de ne pas blâmer témérairement ses ouvrages, mais d'en rechercher soigneusement Futilité, et lorsque notre intelligence se trouve en défaut, de croire que ces choses sont cachées comme .l'étaient plusieurs autres que nous avons eu peine à découvrir. Si Dieu permet qu'elles soient cachées, c'est pour exercer notre humilité et pour abaisser notre orgueil (l).
« Condamner les défauts des bêtes, des arbres et des autres choses muables et mortelles, privées d'intelligence, de sentiment ou de vie, sous prélexte que ces défauts les rendent sujettes à se dissoudre et à se corrompre, c'est une absurdité ridicule. Ces créatures, en effet, ont reçu leur manière d'être du Créateur, afin d'accomplir par leurs vicissitudes et leur succession cette beauté inférieure de l'univers qui est assortie dans sou genre à tout le reste (2). Il ne convenait pas que les choses de la terre fussent égales aux choses du ciel, et la supériorité de celles-ci n'était pas une raison de priver l'univers de celles-là. Lors donc que nous voyons certaines choses périr pour faire place à d'autres qui naissent, les plus faibles succomber sous les plus fortes, et les vaincues servir en se transformant aux qualités de celles qui triomphent, tout cela en son lieu et à son heure, c'est Tordre des choses qui passent. Et si la beauté de cet ordre ne nous plaît pas, c'est que, liés par notre condition mortelle à une partie de l'univers changeant, nous ne pouvons en sentir l'ensemble, où ces fragments qui nous blessent trouvent leur place, leur convenance et leur harmonie (3).
« Ainsi, toutes les natures, dès qu'elles sont, ont leur mode, leur espèce, leur harmonie intérieure, et partant