‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 200 sur 205 · Ciié de Dieu, livre XII, ch · texte numérisé non relu

Ciié de Dieu, livre XII, ch

l'optimisme dans saint AUGUSTIN. 323

sont bonnes. Et comme elles sont placées au rang qui leur convient selon Tordre de la nature, elles s'y maintiennent. Celles qui n*ont pas reçu un être permanent sont changées en mieux ou en pis, selon le besoin et le mouvement des natures supérieures où les absorbe la loi du Créateur, allant aiusi vers la lin qui leur est assignée dans le gouvernement général de Tunivers, de telle sorte toutefois que le dernier degré de dissolution des natures muables et visibles n'aille pas jusqu'à réduire Têlre au néant et à empêcher ce qui n'est plus de servir de germe à ce qui va naître. S'il en est ainsi, Dieu, qui est souverainement, et qui pour cette raison a fait toutes les essences, lesquelles ne peuvent être souverainement, puisqu'elles ne peuvent lui être égales, ayant été faites de rien, ni exister d'aucune façon s'il n*e leur donne l'existence, Dieu, dis-je, ne doit être blâmé pour les défauts d'aucune des natures créées, et

toutes au contraire doivent servir à l'honorer (1). »

a Que personne ne cherche donc une cause efificiente de la mauvaise volonté. Cette cause n'est point positive, efficiente, mais négative, déficiente^ parce que la volonté mauvaise n'est point une action, mais un défaut d'action (2). Déchoir de ce qui est souverainement vers ce qui a moins d'être, c'est commencer à avoir une mauvaise volonté. Or, il ne faut pas chercher une cause efficiente à cette défaillance, pas plus qu'il ne faut chercher à voir la nuit ou à entendre le silence. Ainsi, que personne ne me demande ce que je sais ne pas savoir, si ce n'est pour apprendre de moi qu'on ne le saurait savoir... Ce que je sais, c'est que la nature de Dieu n'est point sujette à défaillance, et que les natures qui ont été tirées du néant y sont sujettes ; et toutefois, plus ces natures ont d'être et font de bien, plus leurs actions sont positives et ont des causes positives et efficientes ; au contraire, quand elles défaillent, et par suite font du mal, leurs actions sont vaines et n'ont que des causes négatives. Je sais encore que la mauvaise volonté

1 Cité de DieUt t6td., ch. 5.

2. Voilà l'origine de la fameuse maxime scolastiqae, souvent citée et approuvée par Leibniz dans ses Essais de Théodicée :

Malum ccuuam habet non efficientem, »ed deficientem.

3â4 ÉCIJIIRCISSEMENTS SUR L'HISTOIRE DE l'OPTIMISME.

n'est en celui en qui elle est que parce qu'il le veut, et qu'ainsi on punit justement la défaillance qui est entièrement volontaire (1). •

1. Cité de Dieu, liyre XII, ch. 6, 7 et 8. Conip. livre XIV, ch.ll. ~ Y. aussi Enchir, i. « Oeus est adco bonus, ut nunquam aliquod maluin esse permilteret, nisi esset adeo polens ut de quolibet malo posset elicere bonum. • Cf. De Gt-n, ad Hit. lib. XI, cap. XXXIII. Le mal forme un supplément nécessaire à la beauté du lout neque.,, sine svppleminlo esse decoris universi, — Il est doncbon que le mal existe. Enctiir,, 96. *Ut non solum bona, sed etiam sint et mala, bonum est. » — Voir faussi De vera lielig., 51; De Civit. Dei, lib. II, cap. xxii, et lib. XXII, cap. ii; De quant. âmm.,cap* xxxvi; De ordins, lib. I, 18; Epist. 166. — Mêmes idées dans saint Thomas, qui s'est inspiré surtout de saint Augustin. ~ « Nec propter impotentiam, nec propter ignorantiam Dei est quod mala in mundo proveniant, sed ex ordine sapientiae 8u<e, et magnitudine bonilatis, ex qua provenit quod multiplicentur diversi gradus bonitatis in rébus ; quorum multi deGcerent, si nullum malum esse permitteret. r» {Potent , q. m, de créât, art. 6, ad quartum.) — « Et ideo decet ut (Deus) mala facere permiitat. • (2 dist. 34, art. \, ad quintum ) — Necesse est dicere- omnia divin» providentis subjacere, non in universali tantum, sed etiam in singulari... Provisnr universalis permittit aliquem defectum in aliquo particulari accidere, ne impediatur bonum totius... Quum igitur Oeus sit universalis provisor totius entis, adipsius providentiam perlinet ut permittat quosdam defectus esse in aliquibus particularibus rébus, ne impediatur, bonum universi perfectum. Si eniin omnia mala impedlrentur mulla bona deessent universo. » {Summa thedog., I*, q. xxii, art. 2, corp. et ad 2»'".) — « Deus permittit aliqua mala, ne bis sublatis. majora bona tollerentur. » (!!■ 2«, q. X, art. H.) — « Ordo universi requirit quod quaedam sint quse deficere possint et interdum deficiant. > (I*, q xlix, art. 2.) — « Si malum a quibusdam partibus universi subtraheretur, multum deperiret perfectionis universi... Oporteret bonorum multitudiaem diminui, quod $sse non débet, » {Contra gentes, lib. III, cap. Lxxi.)

Page 1