ME AUTEUR
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NOTICE SOI LIIBNIZ
Descartes, s'isolant dans la sphère de la spéculation individuelle, ne voulait mênje pas savoir « s'il y avait eu des hommes avant lui ; » Leibniz, au contraire, ouvre en quelque sorte sa pensée à toutes les doctrines pour en recevoir le plus de lumière possible. « L'âme, a-t-il dit, est le miroir de l'univers, » et ^5. aucun homme peut-être n'a vérifié ce mot profond ^ autant que son auteur lui-même. L'ambition de Leibniz serait de tout concilier. « J'ai été frappé, dit- . ^ « il, d'un nouveau système. Depuis, je crois voir une ^ « nouvelle face de l'intérieur des choses. Ce système « paraît allier Platon avec Démocrite, Aristote avec « Descartes, les scolastiques avec les modernes, la « théologie et la morale avec la raison. Il semble qu'il « prend le meilleur de tous côtés, et qu'après il va « plus loin qu'on n'est allé encore (1). »
1. Malheureusement Leibniz ne nous a livré ce système que par fragments; dans sa curiosité universelle, il s'est occupé de toutes les sciences et les a presque toutes renouvelées, mais il n'a exposé nulle part en entier sa propre philosophie. Cependant il n'est pas difficile d'en recueillir les parties les plus importantes et d'en faire voir Tunité. (Voir surtout \^^'NQu\iQavx B^sodsmr y mtmdemmt humain ^\ la
Il NOTICE SUR LEIBNIZ.
I. Selon Leibniz, la nature et l'esprit se répondent : les lois de la pensée sont celles des choses. Si donc nous voulons comprendre les premiers principes de la nature, regardons dans notre raison.
La raison a deux grandes lois qu'elle applique aussitôt que l'expérience lui en fournit l'occasion. La première est l'axiome de contradiction : une même chose ne peut à la fois être et ne pas être sous le même rapport ; la seconde est l'axiome de raison suffisante: rien n'existe sans une raison qui suffit à l'expliquer.
L'axiome de contradiction correspond au possible ; celui de raison suffisante à VactueL Car ce n'est pas assez, pour qu'une chose existe actuellement, qu'elle n'implique pas contradiction et soit possible en son essence : il faut encore une raison suffisante pour laquelle elle est passée à l'existence et s'est réalisée dans la création. Cette raison, selon la Théodicée de Leibniz, c'est Tordre, c'est la convenance et l'harmonie, c'est le bien. (1) L'esprit de l'homme doit se pénétrer de ce principe que tout est bon, que tout est beau, quetout est régulier et ordonné; car rien n'existe qui
i. Quel sera, d'après cette doctrine, le véritable signe de la certitude ? Est-ce la clarté des idées, comme l'a cru Descartes ? — C'est là, selon Leibniz, un critérium purement empirique et insuffisant pour la science. La clarté des idées a elle-même sa raison dans Vordre qui relie les idées et les explique l'une par l'autre. Là est la véritable source de la certitude scientifique. La veille même ne se distingue du sommeil que par la liaison intelligible des faits et des idées. « Le fondement de la vérité des choses contingentes et singulières est dans le succès, qui fait que les phénomènes des sens sont liés justement comme les vérités intelligibles le demandent. » Que le métaphysicien compare donc les possibles entre eux et s'essaye à démêler le meilleur, c'est-à-dire celui où il y aura le plus de convenance, de simplicité féconde, de beauté ; s'il y parvient, il aura pénétre le secret
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ne soit intelligible ou rationnel, et qui n'ait par là un titre à l'existence.
L'expérience, sans la raison, ne fournirait que des liaisons ou associations d'images, comme celles qui servent de guide aux animaux. L'homme seul, d'après Leibniz, connaît l'enchaînement des raisons, parce qu'il a une faculté supérieure, portant le même nom que son objet : la Raison. Et qu'y a-t-il d'inné à cette faculté ? Elle-même. Cela suffit pour renverser la maxime des sensualistes, défendue par Locke : t Nihil est in intellectu quod non priûs fuerit in sensu ; » Leibniz ajoute : Nisi ipse intellectus (I).
En possession des grandes lois de l'intelligence, passons à l'étude des choses elles-mêmes ; allons de l'ordre idéal à l'ordre réel, qui, selon les Essais de Théodicée^ n'en est que l'expression. Nous pouvons
de la création. L'explication qui introduit le plus d'ordre dans nos connaissances et qui enchaîne le mieux les raisons est aussi la plus vraie : là est la pierre de touche des systèmes, là est la véritable méthode métaphysique.
1. L'inncité, selon Leibniz, marque, non pas Tâge des idées, mais pour ainsi dire le lieu où elles naissent; en ce sens, toutes les idées universelles et nécessaires sont innées, car elles sont en nous v( comme des inclinations, des dispositions, des virtualités naturelles qui ne demandent qu^à se manifester. » L'âme n*est donc pas une table rase; ce n'est pas un bloc de marbre que l'expérience façonne selon ses hasards; dans Tintérieur du bloc se cachent des veines qui dessinent d'avance la statue, et que le travail de l'expérience ne fait que mettre au jour.
Au lieu de multiplier avec une stérile abondance les principes innés, Leibniz exprime le vœu qu'on réduise le nombre des axiomes, et il essaye lui-même de le réduire. En poussant jusqu'au bout sa propre pensée, on pourrait dire qu'il n'y a qu'un seul jugement vraiment à priori; c'est le principe de la raison suffisante : tout ce qui est a une raison. Analysez ridée d'être, vous n'y trouverez pas la raison d'être ; c'est la raison qui ajoute cet attribut à tous les objets de l'expérience, et au fond, elle n'ajoute ainsi qu'elle-même. Il n'y a pas autre chose d'mné à la raison que la raison même.
ir NOTICE SUR LEIBNIZ.
rafflrmer d'avance avec Leibniz, ce que la raison retrouvera dans la nature, c'est elle-même.
II. Tout change dans la nature, mais le « détail » des changements et des phénomènes doit avoir une dernière raison, et c'est cette raison vraiment suffisante qu'on appelle la substance. La notion de substance, selon Leibniz, est fondamentale en métaphysique.
Pour Descartes, la substance était, soit la pensée, soit rétendue ; mais la pensée, séparée du sujet réel où elle réside et qui la produit, n'est pour Leibniz qu'une abstraction ; il en est de même de Tétendue, et s'il n'y avait pas autre chose dans les corps, leur mouvement serait inexplicable ; car le mouvement est une action, et l'étendue est quelque chose de purement passif. De plus, si la matière était simplement étendue, elle serait indifférente au mouvement et au repos, et il ne faudrait pas déployer, pour mouvoir un corps, d'autant plus de force qu'il a plus de masse. Enfin « l'étendue ne signifie qu'une répétition ou diffusion continue de parties, » et par conséquent elle ne suffit point pour expliquer la nature même de la substance répandue ou répétée, dont la notion doit être antérieure à celle de sa répétition. L'étendue n'est donc point un être réel, mais un pur rapport de coexistence. Lui attribuer une réalité propre, c'est admettre, comme Descartes a semblé le faire, la passivité des substances, et introduire dans l'univers l'inertie et la torpeur. Les objets que nous appelons des êtres ne seront plus alors que les modifications passagères d'-une substance unique et éternelle ; ce seront des ombres et des fantômes : il n'y aura qu'un seul acteur, conséquemment qu'un seul être. Dieu.