‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 31 sur 205 · LEIBNIZ PHYSICIEN · texte numérisé non relu

LEIBNIZ PHYSICIEN

En 1670, M. Leibniz, âgé de vingt-quatre ans, se déclara publiquement philosophe ; il avait lu des philosophes sans

nombre. L'histoîfe des pensées des hommes, certâîneinetit curieuse pàt* le spectacle d*une tariété infinie» est aussi quelquefois instructive. Elle peut donner de certaines idées détournées du chemin ordinaire, que le plus grand esprit n'aurait pas produites de son fonds ; elle fournit des matériaux de pensées ; elle fait éonnattre les principaux écueils de la raison humaine, marque les routes les plus sûres ; et, ce qui est le plus considérable, elle apprend aux pluà grands génies qu'ils ont eu des pareils, et que leurs pareils se sont trompés. Un solitaire peut s'estimer davantage que ne fera celui qui vit avec les autres et qui s'y compare.

M. Leibniz avait tiré ce fruit de sa grande lecture ; il en avait l'esprit plus exercé à recevoir toutes sortes d'idées, plus susceptible de toutes les formes, plus accessible à ce qui lui était nouveau et même opposé, plus indulgent pour la faiblesse humaine^ plus disposé aux interprétations favOrableS) et plus industrieux à les trouver. Il donna une preuve de ce cai^actère dans une lettre, de Aristotele r^eentimibtts rtoonciiiabiii.,. Là il osé parier avantageusement d'Aristote^ quoique ce fût une mode asseE générale que de le décrier/ et presque uit titre d'espriti II va tnème jusqu'à dire qu'il approuve plus de choses dans ses ouvrages que dans ceUx de Descartes. Ce n'est pM qu'il tie regardât la philosophie corpusculaire ou mécanique comme la seule légitime> mais on n'est pas car« tésien pour cela ; et il prétendait que le véritable Aristote> et non pas celui des scoiastiqueB, n'avait pas connu d'autre philosophie. C'est par là qu'il fait la Iréconciliàtion. Il ne le justifie que sur les principes généraux, l'essence de la matière^ le mouvement^ etc. | mais il ne touche point à tout le détail immense de la physique, sur quoi il semble que les modernes seraient bien généreux s'ils voulaient se taiettre eil communauté de biens avec AristotOi

Dann l'année qui suivit celle de l'édition du NizbiiUs*, c'està'dire eii 1671, âgé de vingt^cinq ans, il publia deux petite traitée de physique...

Le premier de ces traités est une théorie très-subtilé et presque toute neuve du mouvement en général. Le second est une application du premier à tous les phénomènes. Tous deux ensemble font une physique générale complète. Il dit lui-même « qu'il croit que soû système réunit et coUcilie tous « les aùU"!», luppléeà leurs imperfections, étend leur»

n boi^neâ, téclaircit leurs obbcutitéd, et que les philosophes » n'ont plus qu'à travailler de concert sur ces principes, et « à descendre dans des explications plus particulières, qu'ils Xi porteront dans le trésor d'une solide philosophie» » Il est vrai que ses idées sont simples, étendues, vastes* Elles partent d'abord d'une grande universalité, qui en est comme le tronc, et ensuite se divisent, se subdivisent et pour ainsi dire se ramifient presque à ^infini) avec un agrément inexprimable pour l'esprit et qui aide à la persuasion : e'est ainsi que la nature pourrait avoir penséi

Dans ces deux ouvrages^ il adoiettait du vide^ et regardait la matière comme une simple étendue absolument indifférente au inouvement et au reposa il a depuis changé de sentiment âur ées deut points. À l'égard du dernier^ il était venu à croire que, poiir découvrir l'essence de la matière^ il fallait aller au delà de Tétenàue, et y concevoir une certaine forée qui n'est plus une simple grandeur géométrique. (Test la fameuse et obscure entéléchle (l) d'Aristote, dont les scolastiques ont fait les forihes substantielles, et toute substance A une force selon sa nature. Celle de la matière est double/ une tendance naturelle au mouvement^ et une résistance ati mouvement imprimé d*ailleurs. Un corps peut paraître en repos, parce que l'effort qu'il fait pour se mouvoir est réprimé ou contre*balancé par les corps* environnants ; mais il n'est jamais réellement ou absolument en repos, parce qu'il n'est jamais sans cet effort pour se mouvoir^

Descartes avait vu très-ingénieusement que, malgré les chocs innombrables des corps et les distributions inégales de mouvement qui se font sans cesse des uns aui autres, il devait y avoir au fond de tout cela quelque chose d'égal, de cous* tabty de perpétuel^ et il a cru que c'était la quantité de mott« vement dont la mesure est le produit de la masse par là vitesse^ Au lieu de cette quantité de mouvement^ M. Leibniz mettait la force^ dont la mesure est le produit de la masso par les hauteurs auxquelles cette force peut élever un corps pesaht : or ces hauteurs soht comme les carrés des vHesseéi Sur ce principe, il prétendait établir une nouvelle djfnamique^ ovt science des forces^ et il soutenait que de celui de De^

i. Ce qui, ponaùC en soi Éà catlse finale, sigit par hoi-taètrié (fiv tekoç s^it).

cartes s'ensuivait la possibilité du mouvement perpétuel artificiel, ou d'un effet plus grand que sa cause, conséquence qui ne se peut digérer ni en mécanique ni en métaphysique. Il avait encore sur la physique générale une pensée particulière et contraire à celle de Descartes. Il croyait que les causes finales pouvaient quelquefois être employées : par exemple, que le rapport des sinus d'incidence et de réfraction était constant, parce que Dieu voulait qu'un rayon qui doit se détourner allât d'un point à un autre par deux chemins qui, pris ensemble, lui fissent employer moins de temps que tous les autres chemins possibles, ce qui est plus conforme à la souveraine sagesse. La puissance de Dieu a fait tout ce qui peut être de plus grand, et sa sagesse tout ce qui peut être de mieux ou de meilleur ; l'univers n'est que le résultat total, la combinaison perpétuelle, le mélange intime de ce plus grand et de ce meilleur, et on ne peut le connaître qu'en connaissant les deux ensemble. Cette idée, qui est certainement grande et noble, et digne de Tobjet, demanderait dans l'application une extrême dextérité et des ménagements infinis. Ce qui appartient à la sagesse du Créateur semble être encore plus au-dessus de notre faible portée que ce qui appartient à sa puissance.

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