‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 41 sur 205 · Voir le 1««- livre de la Républigue de Platon · texte numérisé non relu

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Mais OQ abandonnera bientôt des maximes si étranges, et si peu propres à rendre les hommes bons et charitables par l'imitation de Dieu, lorsqu'on aura bien considéré qu'un Dieu qui se plairait au mal d'autrui ne saurait être distingué du mauvais principe des manichéens, supposé que ce principe fût devenu seul maître de l'univers ; et que, par conséquent, il faut attribuer au vrai Dieu des sentiments qui le rendent digne d'être appelé le bon principe (1).

LEIBNIZ EXPOSE LES DIFnCULTÉS THÉOLOGIQUES QUI COMPOQUENT LA QUESTION DU MAL.

Quelques personnes d'esprit cherchent à augmenter notre embarras en joignant les controverses que la théologie chrétienne fait naître aux contestations de la philosophie (2). Les philosophes ont considéré les questions de la nécessité, de la liberté et de Torigine du mal ; les théologiens y ont joint celles du péché originel, de la grâce et de la prédestination (3). La corruption originelle du genre humain, venue du premier péché, nous paraît avoir imposé une nécessité naturelle de pécher, sans le secours de la grâce divine ; mais, la nécessité étant incompatible avec la punition, on inférera qu'une grâce suffisante devrait avoir été donnée à tous les hommes ; ce qui ne parait pas trop conforme à l'expérience.

Mais la difficulté est grande, surtout par rapport à la

1. Stuart Mill, dans son Examen de la Philosophie de Hamilton, fait des réflexions analogues sur la doctrine de M. Mansel, qui dit que la justice de Dieu peut être absolument différente de la nôtre.

2. Il faudrait, en effet, distinguer avec le plus grand soin les dogmes théologiques et les recherches philosophiques, Leibniz lui-même n'aurait pas dû, dans son livre, mêler la théologie k la philosophie.

3. Leibniz yeut dire que les trois explications tbéologiques des trois difficultés philosophiques sont des mystères ajoutés à l'inconnu.

ESSAIS DE THÉODICRE. 47

destination de Dieu sur le salut des hommes. Il y en a peu de sauvés ou d'élus ; Dieu n'a donc pas la volonté décrétoire d'en élire beaucoup ? Et puisqu'on avoue que ceux qu'il a choisis ne le méritent pas plus que les autres, et ne sont pas même moins mauvais dans le fond, ce qu'ils ont de bon ne venant que du don de Dieu, la difiiculié en est augmentée. Où est donc sa bonté ? La partialité ou l'acception des personnes va contre la justice ; et celui qui borne sa bonté sans sujet n'en doit pas avoir assez.

Il est vrai que ceux qui ne sont point élus sont perdus par leur propre faute : ils manquent de bonne volonté ou delà foi vive ; mais il ne tenait qu'à Dieu de la leur donner. L'on sait que, outre la grâce interne, ce sont ordinairement les occasions externes qui distinguent les hommes, et que l'éducation, la conversation, l'exemple corrigent souvent ou corrompent le naturel. Or, Dieu faisant naître des circonstances favorables aux uns, et abandonnant les autres à des rencontres qui contribuent à leur malheur, n'aura-t-ou pas sujet d'en être étonné ? Et il ne suffit pas (ce semble) -de dire avec quelques-uns que la grâce interne est universelle et égale pour tous, puisque ces mêmes auteurs sont obligés de recourir aux exclamations de saint Paul, et de dire : profondeur! quand ils considèrent combien les hommes sont distingués par les grâces externes, pour ainsi dire, c'est-à- -dire qui paraissent dans la diversité des circonstances que Dieu fait naître, dont les hommes ne sont point les maîtres, et qui ont pourtant une si grande influence sur ce qui se rapporte à leur salut.

On ne sera pas plus avancé pour dire avec saint Augustin que, les hommes étant tous compris sous la damnation par le péché d'Adam, Dieu les pouvait tous laisser dans leur misère, et qu'ainsi c'est par une pure bonté qu'il en retire quelques-uns (1). Car, outre qu'il est étrange que le péché d'autrui doive damner quelqu'un, la question de-

1. Pascal ya jusqu*à dire que ce qui est étonnant, ce n'est point qu'il y ait des damnés, mais des élus.

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meure toujours, pourquoi Dieu ne les retire pas tous, pourquoi il en retire la moindre partie, et pourquoi les uns préférablement aux autres. Il est leur maître, il est vrai, mais il est un maître bon et juste ; son pouvoir est absolu, mais sa sagesse ne permet pas qu'il l'exerce d'une manière arbitraire et despotique, qui serait tyrannique en effet.

De plus, la chute du premier homme n'étant arrivée qu'avec la permission de Dieu, et Dieu n'ayaut résolu de la permettre qu'après en avoir envisagé les suites^, qui sont la corruption de la masse du genre humain et le choix d'un petit nombre d'élus, avec l'abandon de tous les autres ; il est inutile de dissimuler la difficulté, en se bornant à la masse déjà corrompue : puisqu'il faut remonter, malgré qu'on en ait, à la connaissance des suites du premier péché, antérieure au décret par lequel Dieu l'a permis, et par lequel il a permis en même temps que les réprouvés seraient enveloppés dans la masse de perdition, et n'en seraient point retirés ; car Dieu et le sage ne résolvent rien sans en considérer les conséquences.

Or, comme un des plus habiles hommes de notre temps, dont l'éloquence était aussi grande que la pénétration, et qui a donné de grandes preuves d'une érudition très-vaste (1), s'était attaché par je ne sais quel penchant à relever merveilleusement toutes les difficultés sur cette matière que nous venons de toucher en gros, on a trouvé un beau champ pour s'exercer en entrant avec lui dans le détail.

LE DICTIONNAIRE DE BAYLE ET LA TnÉODICÉE.

L'auteur a eu des raisons particulières assez considérables qui l'ont invité à mettre la main à la plume sur ce sujet. Des enlreliens qu'il a eus là-dessus avec quelques personnes de lettres et de cour, en Allemagne et en France, et surtout avec une princesse des plus grandes et des plus accomplies, l'y ont déterminé plus d'une lois (2). Il avait eu

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