‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 61 sur 205 · Livre mystique du xiii® siècle · texte numérisé non relu

Livre mystique du xiii® siècle

"74 ESSAIS DE THÉODIGÈE.

mand, et soutenu par un grand et savant ouvrage intitulé 'ATToxardéoTao-t; Troirrcov, a causé beaucoup de bruit sur ce grand paradoxe. M. Le Clerc a aussi plaidé i ngénieusement la cause des origénistes, mais sans se déclarer pour eux.

Il y a un homme d'esprit qui, poussant mon principe de l'harmonie jusqu'à des suppositions arbitraires que je n'approuve nullement, s'est fait une théologie presque astronomique. Il croit que le désordre présent de ce bas monde a commencé lorsque l'ange président du globe de la terre, laquelle était encore un soleil (c'est-à-dire une étoile lixe et lumineuse par elle-même), a commis un péché avec quelques moindres anges de son déparlement, peut-être en s'élevant mal à propos contre un ange d'un soleil plus grand ; qu'en même temps, par V harmonie préétablie des règnes de la nature et de la grâccy et par conséquent par des causes naturelles arrivées à point nommé, notre globe a été couvert de taches, rendu opaque et chassé de sa place: ce qui l'a fait devenir étoile errante ou planète, c'est-à-dire satellite d'un autre soleil, et de celui-là môme peut-être dont son ange ne voulait point reconnaître la supériorité ; et que c'est en cela que consiste la chute de Lucifer; que maintenant le chef des mauvais anges, qui est appelé dans la sainte Écriture le prince et même le dieu de ce monde, portant envie avec les anges de sa suite à cet animal raisonnable qui se promène sur la surface de ce globe, et que Dieu y a suscité peut-être pour se dédommager de leur chute, travaille aie rendre complice de leurs crimes et participant de leurs malheurs. Là-dessus Jésus-Christ est venu pour sauver les hommes. C'est le fils éternel de Dieu, en tant que fils unique ; mais (selon quelques anciens chrétiens, et selon l'auteur de cette hypothèse) s'étant revêtu d'abord, dès le commencement des choses, de la nature la plus excellente d'entre les créatures pour les perfectionner toutes, il s'est mis parmi elles ; et c'est la seconde filiation, par laquelle il est le premier-né de toute créature. C'est ce que les cabalistes appelaient Adam Cadmon. Il avait peut-

être planté soq tabernacle dans ce grand soleil qui nous éclaire ; mais il est enfin venu dans ce globe où nous sommes, il y est né de la Vierge, et a pris la nature humaine pour sauver les hommes des mains de leur ennemi et du sien. Et quand le temps du jugement approchera, lorsque la face présente de notre globe sera sur le point de périr, il y reviendra visiblement pour en retirer les bons, en les transplantant peut-être dans le soleil, et pour punir ici les méchants avec les démons qui les ont séduits : alors le globe de la terre commencera à brûler et sera peut-être une comète. Ce feu durera je ne sais combien d'œones (l). La queue de la comète est désignée par la fumée qui montera incessamment, suivant l'Apocalypse, et cet incendie sera Tenfer, ou la seconde mort dont parle la sainte Écriture. Mais enfin l'enfer rendra ses morts, la mort môme sera détruite, la raison et la paix recommenceront à régner dans les esprits qui avaient été pervertis; ils sentiront leur tort, ils adoreront leur Créateur, et commenceront même à l'aimer d'autant plus qu'ils verront la grandeur de l'abîme dont ils sortent. En même temps (eh vertu du parallélisme harmonique des règnes de la nature et de la grâce) ce long et grand incendie aura purgé le globe de la terre de ses taches. Il redeviendra soleil; son ange président reprendra sa place avec les anges de sa suite; les hommes damnés seront avec eux du nombre des bons anges; ce chef de notre globe rendra hommage au Messie, chef des créatures: la gloire de cet ange réconcilié sera plus grande qu'elle n'avait été avant sa chute.

Inque Deos iterum fatorum lege receptus Aureus aeternum nosler regnabil ApoUo.

La vision m'a paru plaisante et digne d'un origéniste ; mais nous n'avons point besoin de telles hypothèses ou fictions, où l'esprit a plus de part que la révélation, et où même la raison ne trouve pas tout à fait son compte; car il ne parait pas qu'il y ait un endroit principal dans l'univers

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