‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 60 sur 205 · Ne sommes-nous donc dans le monde que pour la symétrie · texte numérisé non relu

Ne sommes-nous donc dans le monde que pour la symétrie

72 ESSAIS DE THEODICËE.

PrOTÎdeQce. Il ne faut pas être facilement du Dombre des mécontents dans la république où l'on pst (l), et il ne le faut point élrc du tout dans la cité de Dieu, où l'on ne le peut Être qu'avec injustice (2i.

Il faut avouer cependant qu'il y a des désordres dans cette vie, qui se font voir panicutiércmeDl dans la prospérité de plusieurs méchants et dans l'infélicité de beaucoup de gens de biea. IL y a un proverbe allemand qui donne même l'avantage aux méclianls, comme s'ils étaient ordinairement lea plus heureux :

Je krQmmer Holz, je bessre Kriicke :

Je arger Scbaick, Je grasser Glûcke.

Et il sej-ail à souhaiter que ce mot d'Horace fût vrai à nos yeux :

Raro antecedeniem scelesiam

Deseruil pede ptena claudo.

Copendaiit il arrive souvent aussi, quoique ce ne Boît peutêtre pas le plus souvent,

Qu'aui yeui de l'univers le ciel se juBliSe,

et qu'on peut dire avec Claudien :

Alisiulîl bunc landem Ruânipœna tuinulluni, Âbsolviique de os...

Mais quand cela n'arriverait pas ici, le remède est tout prêt dans l'autre vie (3i : la religion et même la raison

1 . Nous BomnieB dans la ri^puhlirgue du monde, non pour trouver que l<iut y est pour le oileui, mais pour rendre loul meilleur,

7. [,'liomme est (ail pour ne pas accepler pasBiTcment la rèalilâ, mnis pour élevei au-dessus l'idéal par Ba pensée, et pour réaliser

nous l'apprennent, et nous ne devons point murmurer contre un petit délai que la sagesse suprême a trouvé bon de donner aux hommes pour se repentir (l).

Cependant c'est là où les objections redoublent d'un autre côté, quand on considère le salut et la damnation, parce qu'il paraît étrange que, même dans le grand avenir de Téternité, le mal doive avoir l'avantage sur le bien sous l'autorité suprême de celui qui est le souverain bien, puisqu'il y aura beaucoup d'appelés et peu d'élus ou de sauvés. Il est vrai qu'on voit par quelques vers de Prudence (Hymn, ante Somnum) :

Item tamen benignus UUor retundit iram, Pancosque non piorum Patitur perire in aevum ;

que plusieurs ont cru de son temps que le nombre de ceux qui seront assez méchants pour être damnés serait trèspetit ; et il semble à quelques-uns qu'on croyait alors un milieu entre l'enfer et le paradis : que le môme Prudence parle comme s'il était content de ce milieu ; que saint Grégoire de Nice incline aussi de ce côté-là, et que saint Jérôme penche vers l'opinion qui veut que tous les chrétiens seraient enfin reçus en grâce. Un mot de saint Paul, qu'il donne lui-même pour mystérieux, portant que tout Israël sera sauvé, a fourni de la matière à bien des réflexions. Plusieurs personnes pieuses et même savantes , mais hardies, ont ressuscité le sentiment d'Origène (2), qui prétend que le bien gagnera le dessus en son temps en tout et partout, et que toutes les créatures raisonnables deviendront enfin saintes et bienheureuses, jusqu'aux mauvais anges. Le livre de V Évangile éternel (3), publié depuis peu en alle-

1. N'y a-t-il pas là toujours la même pétition de principe ? Leibniz prouve l'immortalité par la bonté de Dieu et la bonté de Dieu par Timmortalité.

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