‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 69 sur 205 · DU CONCOURS PHYSIQUE DE DIEU AU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

DU CONCOURS PHYSIQUE DE DIEU AU PÉCHÉ

Il est indubitable qu'il faut s'abstenir d'empêcher le péché d'autrui, quand nous ne le pouvons faire sans pécher nous-mêmes. Mais quelqu'un nous opposera peutêtre que c'est Dieu lui-même qui agit et qui fait tout ce qu'il y a de réel dans le péché de la créature. Cette objec-

s'accommode si bien de tout le mal dont le monde et l'humanité offrent le spectacle ?

1. Ici se montre, dans la philosophie tout intellectuelle de Leibniz, la défaut de conceptions vraiment morales. Leibniz place l'essence du mal moral dans les maux physiques qui en découlent, non dans la volonté même. Combien les stoïciens et Eant sont plus près du vrai en disant : Il n'y a de mal véritable, comme il n'y a de bien véritable que dans la volonté I Une bonne volonté, dit Kant, à elle seule et indépendamment même de ses effets, voilà le bien ; une mauvaise volonté, quand même elle se traduirait au dehors en causant du plaisir, voilà le mal.

tion nous mène à considérer le concours physique de Dieu avec la créature, après avoir exainirié le concours moral, qui embarrassait le plus. Quelques-uns ont cru.... que le concours de Dieu avec la créature (j'entends le concours physique) n'est que général et médiat, et que Dieu crée les suûstauces et leur donne la force dont elles ont besoin, et qu'après cela il les laisse faire et ne fait que les conserver

sans les aider dans leurs actions Mais il faut considérer

que l'action de Dieu conservant doit avoir du rapport à ce qui est conservé, tel qu'il est, et selon l'état où il est ; ainsi elle ne saurait être générale ou indéterminée. Ces généralités sont des abstractions qui ne se trouvent point dans la vérité des choses singulières, et la conservation d'un homme debout est différente de la conservation d'un homme assis. Il n'en serait pas ainsi si elle ne consistait que dans l'acte d'empôcher et d'écarter quelque cause étrangère qui pourrait détruire ce qu'on veut conserver, comme il arrive souvent lorsque les hommes conservent quelque chose; mais, outre que nous sommes obligés nous-mêmes quelquefois de nourrir ce que nous conservons, il faut savoir que la conservation de Dieu consiste dans cette influence immédiate perpétuelle que la dépendance des créatures demande. Cette dépendance a lieu à l'égard non-seulement de la substance, mais encore de l'action, et on ne saurait peut-être l'expliquer mieux qu'en disant, avec le commun des théologiens et des philosophes, que c'est une création continuée (l).

On objectera que Dieu crée donc maintenant l'homme péchant, lui qui l'a créé innocent d'abord. — Mais c'est ici qu'il faut dire, quant au moral, que Dieu, étant souverainement sage, ne peut manquer d'observer certaines lois et d'agir suivant les règles tant physiques que morales que sa sagesse lui a fait choisir; et la même raison qui lui a fait créer l'homme innocent, mais prêt à tomber, lui fait recréer l'homme lorsqu'il tombe, puisque sa science fait

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