‹ Extraits de MontaigneChapitre 111 sur 353 · C.-à-d. outre ceci que, outre cette considération que · texte numérisé non relu

C.-à-d. outre ceci que, outre cette considération que

temps sur ma sen'itude ' m'oblige assez à désirer honneur, bien et advantage à tout ce qui vous touche ; mais, à la vérité, je n'y entens sinon cela que la plus grande difficulté et importance de l'humaine science semble estre en cet endroit où il se traite de la nourriture et institution des enfans^. La montre' de leurs inclinations est si tendre en ce bas aage et si obscure, les promesses si incirtaines et fauces, qu'il est mal-aisé d'y establir aucun solide jugement. Voyez Cimon, voyez Tîicmistocles et mille autres, combien ils se sont disconvenuz à eux mesmes. Les petits des ours, des chiens, monstrent leur inclination naturelle ; mais les hommes, se jettans incontinent en des accoustumances, en des opinions, en des loix, se changent ou se déguisent, et masquent facilement •♦. Si > est-il difficile de forcer les propensions naturelles : d'où il advient que, par faute d'avoir bien choisi leur route, pour néant se travaille on 6 souvent et employé l'on beaucoup d'aage

1. Ma sen'itude. — Peut-être y a-t-il là quelque allusion à un droit de suzeraineté que les comtes de Foix pouvaient avoir sur certaines terres de Montaigne.

2. Ajouté dans l'édition de 1595 : « Tout ainsi qu'en l'agriculture,... depuis que ce qui est

f)lanié vient à prendre vie, à l'esever il y a une grande variété de faisons, et difficulté ; pareillement aux hommes..., depuis qu'ils sont nayz, on se charge d'un soing divers, plein d'erabesoignemi. nt et de crainte, à les dresser et nourrir.

La montre de leurs inclinations est si tendre en ce bas aage et si obscure, les promesses si incertaines et fauces, qu'il est malaisé d'y establir aucun solide jugement. »

J. Montre. — Afofi/r^ avait deux sens : i ' action générale de montrer ; 2" rrtiie des gens de guerre. Ici c'est le premier; donc : mauijeitalion. Le

substantif se retrouve dans Jaire montre de, pour la montre, mais avec une idée de parade, d'étalage.

4. On voit là indiquée l'idée, sur laquelle insistera tant Rousseau, de la civilisation déformant la nature.

5. Si (du latin sic) était, dans l'ancienne langue, une conjonction de coordination fort usitée et prise dans une grande variété de sens. Particulièrement il pouvait signifier : aussi (causal), donc, ainsi. Et c'est le cas dans la phrase présente. Voir page 44, note 5.

6. Pour la véritable origine et la suppression, au xvr siècle, du / dit euphonique, voir p.ige 76, note 7, page 88, note s. et p.ige 91, note 8. — Se travailler signifie Jaire des efforts, se tourmenter. « Si n'était {'oint besoing de se travailler pour amasser ic grandes richesses. »

(.\myot.) — « On voit qu'il se travaille à dire de bons mots. » (.\lo-

a dresser des enfans aLMc choses ausquelles ils ne peuvent prendre goust '. Toutes-fois, en cette difficulté, mon opinion est de les acheminer toujours aux meilleures choses et plus profitables, et qu'on ne doit s'appliquer aucunement à ces legieres divinations et prognostiques * que nous prenons des mouvements de leur enfance.

Madame, c'est un grand ornement que la science et un util de merveilleux service, et notamment aux personnes élevées en un tel degré de fortune, comme vous estes. A la vérité, elle n'a point son vray usage en mains viles et basses '. Elle est bien plus fiere de prêter ses movens à conduire une guerre, à commander un peuple, à pratiquer l'amitié d'un prince ou d'une nation estrangiere, qu'à dresser un argument dialectique ou à plaider un appel, ou ordonner une masse de pillules. Ainsi, Madame, par ce que je croy que vous n'oublierez pas cette partie en l'institution des vostres, vous qui en avez savouré la douceur et qui estes d'une race lettrée, car nous avons encore en main les escrits de ces anciens comtes de Foix 4 d'où monsieur le comte vostre mary et

liére.) — « 1:11c (la grenouille)...

s't-lfiid, et s'enfle, et se travaille. « (La Fonuine.)

1. On sent que l'écrivain a, du moins, une haute idée de l'éducation, qu'il en a compris liinportance et les difficultés. Kant a dit.

à son tour, que les deux arts les plus difficiles au monde sont l'art de fj;ouverner les hommes et l'art de les élever.

2. C'est la conclusion du passade qui précède. L éducation n'est si difhcile que parce qu'il est souvent impossible de deviner les aptitudes et les « tendres inclinations » des enfants, p.irtant de choisir les études qui conviennent à chacun. Le mirux sera donc de ne pas « s'appliquer aux legieres divinations et propnostiques », de ne pas chercher à spécialiser les

aptitudes, et de donner, au contraire, à tous indistinctement la même culture, uniforme, invariable, en les « acheminant toujours aux meilleures choses et plus profitables ». Ce n'est pas trop forcer la théorie de .Montaigne, que de tirer du passage de telles conséquences. Elles ne sauraient être acceptées sans quelque réserve.

5. Montaigne refuse au peuple l'instruction et en fait le privilège des personnes de haute naissance.

Il parle suivant l'esprit de son temps et de son milieu, en aristocrate. « Les âmes des gens de basse fortune étant, dit-il encore, et par nature, et par institution domestique et exemple, de plus bas aloi, rapportent faussement le fruit de la science. ».

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