Contreroller, pour contrrler
Cette forme ancienne fut de bon usage jusqu'au xvn* siècle. Cependant Vaugclas en reprocha l'emploi à .Malherbe.
6. S'enquérir de tontes :t\.ies. — C.-à-d. : s'instruire par une enquête personnelle, par le contact avec les choses et les faits qui sont matière
ESSAIS DE MOXTAIGN'E
de singulier autour de luy, il le verra : un bnstiment, une fontaine, un homme, le lieu d'une bataille ancienne, le passage de Cx\sar ou de Charlemaigne;
Oiice ti'Uiis stt Jenta gelu, qux piitris ah cestu; Ventus in Italiam quis hene vêla fcrat '.
Il s'enqucrra des meurs, des moyens et des alliances de ce prince, et de celuy-là. Ce sont choses trés-plaisantes j( à apprendre et très-utiles à sçavoir. ^ En cette practique des hommes, j'entends y com-
I prendre, et principalement 2, ceux qui ne vivent qu'en la mémoire des livres. Il practiquera, par le moyen des histoires, ces grandes âmes des meilleurs siècles î. C'est un vain estude 4, qui veut 5, mais qui veut aussi, c'est un estude de fruit instimable. Quel profit ne fera-il, en ? ceste part là, à la lecture des vies de nostre Plutarque '^}
d'observation. — Voir page 150, notes I et 4. — Pascal a condamné ^uttc curiosité, qui, selon lui ne jniit que vanité. Mais, d'après Fé- ;iclon, « la curiosité de l'enfant est un penchant de la nature qui va comme au-devant de l'instruction.
N'e manquez pas d'en profiter. »
(Hdiication des filles.) La curiosité est encore pour Locke la plus grande ressource que le maître puisse trouver en son élève, et, dans le système de Rousseau, elle est le ressort essentiel.
1. « Quelle contrée est engourdie par le froid, quelle autre brûlée par le soleil; quel vent propice )Hiusse les vaisseaux vers l'Italie. »
- (Properce, IV, ni, 59.)
2. Parce mot « principalement », l.)!itaigne corrige ce qu'il y aurait
icxcesssif et de trop exclusif dans 1 théorie de l'éducation par l'ob- .'-■rvation directe et personnelle des choses. C'est à Rousseau seul, et par un besoin de paradoxe, que viendra l'idée de supprimer les
livres dans l'éducation : « ils n'apprennent qu'à parler de ce qu'on ne sait pas. » (Emile.)
3. « La lecture de tous les bons ouvrages est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que le meilleur de leurs pensées. » (liescartes.)
4. Nous avons déjà vu que estude était du masculin au xvi° siècle.
5. C.-à-d. : «C'est un vain estude pour qui veut; mais pour qui veut aussi... » — Pour est souvent supprimé au .\vr siècle dans ces locutions : a qui considérera » (Pasquier), « qui voudra », a qui réfléchit et juge », etc.
6. Tout, en Plutarque, attirait Montaigne : le bon sens pratique, la bonhomie, une sage indulgence.
Il le lisait et relisait dans Amyot; il finissait par le connaître « jusque dans l'ame. ». Aussi, lorsqu'il dit « tiosire Plutarque », c'est sa façon
ESSAIS DE MON'TAIGNnî
Mais que mon guide se souvienne où vise sa charge, et qu'il n'imprime pas tant à son disciple où mourut Marcellus, que pourquoy il fut indigne de son devoir qu'il mourut là ' ; qu'il ne luy apprenne pas tant les histoires qu'à en juger -. Il y a dans cet autheur beaucoup de discours estandus trés-dignes d'estre sceus, car a mon gré c'est le maistre ouvrier de telle besongne; mais il y en a mille qu'il n'a que touché simplement : il guigne 5 seulement du doigt par où nous irons, s'il nous plaist, et se contente quelquefois de ne donner qu'une attainte dans le plus vif d'un propos. Il les taut arracher de là et mettre en place marchande 4 : comme ce sien mot, que ce les habitants d'Asie servoient à un ^ul, pour ne sçavoir prononcer une seule sillabe, qui ^st Non », donna peut estre la matière et l'occasion à la
do designer son auteur favori, un auteur devenu iiostre, c.-à-d. français, par la traduction d'Amyot, et surtout un auteur qu'il avait fait sien et qu"il possédait par une lecture de tous les jours.
1. .\Iarcus Claudius Marcellus, attiré par Annibal dans une embuscade, fut tue prés de Venouse (208 av. J.-C). — Dans l'édition de 1505, l'exemple de Marcellus est précédé de cette phrase : « Qu'il n'imprime pas tant à son disciple la date de la ruyne de Carthnge que les mœurs de Hannibal et de Scipion. »
2. Cette méthode d'enseignement historique est conforme .i l'idée maîtresse des Essais : qu'il f.iut en tout former le jugement plutôt que remplir la mémoire. C'est l'histoire des institutions et des mœurs présentée, et certes avec raison, comme plus importante que l'histoire des batailles, et l'explication de chaque événement par les causes et les conséquences comme plus importante que la connaissance de ces événements et de leurs circon-
stances diverses. — Addition de
« C'est à mon gré, entre toutes, la matière à laquelle nos esprits s'appliquent de plus diverse mesure : j'ai leu en Tite Live cent choses que tel n'y a pas ku ; Plutarche y en a leu cent, outre ce que j'y ay sceu lire, et à l'adventure outre ce que l'autheur v avoit mis : à d'aucuns, c'est un pur estude grammairien ; à d'autres, l'an.itomie de la philosophie, par laquelle les plus abstruses parties de nostre nature se pénètrent. »
?• Il guigne du doigt. C.-à-d. :
il guette, il ohsenx, — mais pas de l'œil, — en iàtant du doigt. Le sens est que Plutarque observe bien ce que nous pouvons deviner de sa pensée, et qu'alors, ne l'exprimant pas toute, il nous laisse le soin et le plaisir de la deviner.