Alexandre le Grand
4. n Tirez de là, jeunes gens et vieillards, une règle certaine pour votre âme, et des provisions de voyage pour V^^o. triste des cheveux blancs. » (Perse, Satires. W, 64.) — Addition de 1595 : • C'est ce que dict Epicurus au commencement de sa lettre à .Mcniceus :
" Ny le plus jeune rcfuye à philoo sopher, ni le plus vieil s'y Lisse. » Qui faict aultrement, il son'ble dire, ou qu'il n'est p:is encores saison d'heureusement vivre, ou qu'il n'en est plus saison. •
Pour tout cecy, je ne veux pas qu'on emprisonne cet enfant dans un collège ', je ne veux pas qu'on l'abandonne à la colère et humeur melancholique d'un furieux maistre d'escole ; je ne veux pas corrompre son esprit à le tenir à la gehene ^ et au travail, à la mode des autres, quatorze ou quinze heures par jour, comme un portefaiz 5, ny ne veux gaster ses meurs généreuses par l'incivilité et barbarie d'autruy. La sagesse françoise a esté anciennement en proverbe, pour une sagesse qui prenoit de bon'heure, et n'a'voit guieres de tenue 4, A la vérité, nous voyons encores qu'il n'est rien si gentil que les petits enfims en France; mais ordinairement ils trompent l'espérance qu'on en a conceuë, et hommes faicts on n'y voit aucune excellence. J'ay ouy tenir à gens d'entendement, que ces collèges où on les envoie, dequoy ils ont foison, les abrutissent 5 ainsin.
1. Montaigne revient à son sujet, l'éducation, après une digression un peu longue, mais assez naturelle, sur la philosophie. — Sur ce qu'il pense de l'éducation dans la famille, du collège et de l'internat, voir p. 133, n. i.
2. Géhenne. — Quelquefois geiiic. Mot tiré de l'Ecriture, où il signifie l'enfer. Il a été pris dans le sens de peine, souci , chagrin, et aussi de torture. Nous en avons fait gène.
3. Les adversaires du a surmenage ■> ont repris ces protestations qui avaient meilleure raison d'être en ce \vi' siècle où subsistaient les abus de la scolastique et où l'engouement excessif pour l'antiquité grecque et latine passait du monde des lettrés au monde des collèges. — Dans l'édition de 1595, Montaigne a ajouté :
« Ny ne trouveroys bon, quand, par quelque complexion solitaire et melancholique, on le verroit adonné d'une application trop indiscrette à l'estudc des livres, qu'on
la luy nourrist : cela les rend ineptes à la conversation civile, et les destourne de meilleures occupations. Et combien ay je veu de mon temps d'hommes abestis par téméraire avidité de science ! Qirneadcs s'en trouva si affolé, qu'il n'eut plus le loisir de se faire le poil et les ongles. Ny ne veux gaster ses meurs généreuses par l'incivilité et barbarie d'autruy. »
Comme le remarque spirituellement M. Petit de Julieville, « de tout temps, les hommes se sont plus souvent abêtis par l'excès contraire. »
4. Tenue. — C'est le sens du latin lenor : chose qui dure. Il faut donc entendre : « une sagesse qui prenait de bon'heure, et n'avait guère Je durée » .