C.-à-d. dèsigiti
j. En ces quelques lignes le bon Sens et la fine«se de Montaigne ont leur tour. C'est le court exposé d'une méthode d'enseignement, — la meilleure, si elle était toujours pratique, — qui n'aurait pas de rigueur systématique, pas d'uniformité lassante, pas de rebutante oppression, niais un aimable laisser aller et tout le charme de l'imprévu.
4. liutre-gcnt. — C.-à-d. savoir-viire et satvir-faire, politesse et art de se pousser dans k monde. — C'est, d'après Littré, une expression métaphorique empruntée à la faucoMiierie. De entre et gens, c.-àd. pour les faucons l'habitude de
vivre, sans s'efFrayer, parmi les gens, et, par suite, pour les hommes, l'art de .se conduire parmi les gens.
5. Quant et quant. — En mime temps que. Cette locution se retrouve encore chez les écrivains du xvii"" siècle, Balzac, Voiture.
n .\insi vous ne cherchiez que l'honnêteté, et vous avez trouvé quand et quand le délectable. »
(Balz., liv. V, lettre 15.) — Marivaux dit encore : « Nos prières partirent l'une quand et quand l'autre. '1 (/'(ivt. par., part. 2.) — \'oir page 51, note 6.
6. C.-à-d. qu'il ne faut pas traiter séparément l'àme et le corps, mais, à propos des exercices du corps et en mêlant les uns aux autres, former 1 àme par les exercices moraux de la philosophie.
7. Platon, dans le Timèe. Sans doute Montaigne a pris ce passage de Plutarque, qui le cite dans Dct moyens de con<'i :. r la unil.-. v»s la
Au demeurant, toute cette institutiouse doit conduire pnr une severe douceur ', non comme aux collèges, où, au lieu de convier les enfans aux lettres et leur en donner goust, on ne leur présente à la vérité que horreur et cruauté ^ Ostez mov la violence et la force, il n'est rien à mon advis qui abastardisse et estourdisse si tort une nature bien née. Si vous avez envie qu'il craigne la hontv et le chastiement, ne l'y endurcissez pas : endurcissez le à la SLieur et au froid, au vent, au soleil et aux' hazards qu'il luy faut mespriser : ostez luv toute mollesse et délicatesse au vestir et coucher, au manger et au boire ; acconstumcz le à tout : que ce soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigoureux >.
fin. — Addition de 1595 : « Et, à l'ouvr, semble il pas prester plus de temps et plus Ji solicitude aux exercices du corps, et estimer que l'esprit s'en exerce quand et quand, et non au contraire ? »
1. " Sévère douceur », voila pour réducation un? formule heureuse. Mais, si l'on voit bien, dans le système de Montaigne, la place de la douceur, on a plus de peine à y découvrir la juste part de la sévérité.
2. Montaigne, tout en nous proposant ses idées personnelles en fait de discipline, va élever de violentes critiques contre les rigueurs, « horreurs et cruautés de cette vraye geaule de jeunesse captive »
qu'ét.iicnt, à l'en croire, les collèges de son temps. Le tableau est un peu chargé ; mais il est indéniable que tels traitements infligés aux écoliers de Moniaigu et autres collèges touchaient à la cruauté.
— Rabelais .1 dit aussi : « Ne pensez p.is (c'est le précepteur Ponocratc qui parle) que j'aye mis vostre fils au Collège de pouillerie , qu'on nomme .Moiitagu : niieulx l'eusse voulu mettre entre les gueux de
Saint -Innocent, pour l'cnorme cruaulté et filenie que j'y aj' cognu ; car trop mieulx sont traitez les forcez (forçats) entre les Maures et Tartares, les meurtriers en la maison criminelle, que ne sont ces malautruz audict collège. Et si j'estais roy de Paris, le diable m'emporte si je ne mettoys le feu dedans, et feroys brusler et principal et régent, qui endurent cette inhumaineté devant leurs yeulx estre exercée. » {Gargantua, liv. I, ch. 57.)
}. Nous avons déjà vu Montaigne (page 132, note 5) recommander une éducation virile qui aguerrisse le corps. Une fois de plus il se répète. — Il est à noter que, dans ses Pensées anr V éducation, Locke exprime le même avis.
C'est ici que se place, dans l'édition de 1595. une page très curieuse et très importante :
« Enfant, homme, vieil, )'ay tousjours creu et jugé de mesme.
Mais, entre autres choses, cette police de la pluspart de noz collèges m'a tousjours despieu : on eust failly, à l'adventure, moins domniageablement, s'incliiiant vers
Toute estrangcté- et particularité en nos meurs et conditions est evitable, comme ennemie de communication et de société ' : j'en ay veu fuir la senteur des pommes plus que les harquebusades, d'autres s'effrayer pour une souris, d'autres rendre la gorge à voir de la cresme, d'autres à voir branslcr un lict de plume, comme Germanicus ne pouvoit soufïrir ny la veue ny le chant des coqs -. Il y peut avoir, à l'avanture, à cela quelque propriété occulte, mais on l'esteindroit à mon advis, qui 3 s'y prendroit de bon'hcure. L'institution a gaigné cela sur moy, il est vray que ce n'a point esté sans quelque soing, que, sauf la bière, mon gousf est accommodable a toutes choses dequoy on se pait 4.
Le corps encore souple, on le doit à cette cause plier
l'indulgonce. C'est une vraye geaule de jeunesse captive : on la rend desbauchee, l'en punissant avant qu'elle le soit. Arrivez y sur le point de leur office ; vous n'oyez que cris, et d'enfants suppliciez, et de maistres enyvrez en leur cholere. Quelle manière pour esveiller l'appétit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintives, de les y guider d'une troigne effroyable, les mains armées de fouets ! Inique et pernicieuse forme I joint, ce que duintilian en a tresbien remarqué,
3ue cette impérieuse authorité tire es suittes périlleuses et nommément à nostre façon de cliastiey. ment. Combien leurs classes scyy roicnt plus décemment jonchées Je fleurs et de feuillees, que de tronçons d'osiers sanglants I J'y ferov pourtraire la Joie, l'Allégresse, et Flora, et les Grâces, comme fit en son eschole le pliilosoplie Speusippus. Où est leur profit, que là fust aussi leur esbat : on doit ensucrer les viandes salubres à l'enfant, et cnfieller celles qui luy sont nuisibleîjCC'est mer- I
veille combien Platon se montre soigneux, en ses Loix, de la gayeté et passetemps de la jeunesse de sa cité ; et combien il s'arreste à leurs courses, jeux, chansons, saults et danses, desquelles il dit que l'antiquité a donne la conduitte et le patronnage aux dieux mesmes, Apollon, aux Muses, et Minerve : il s'estend à mille préceptes pour ses gymnases; pour les sciences lettrées, il s'y amuse fort peu , et semble ne recommander particulièrement la poésie que pour la musique. »
1. Addition de 1595 : « Qui ne s'estonnerait de la complexion de Demoplion, maistre d'hostel d'Alexandre, qui suait à l'umbre et tremblait au soleil ?» — Le fait est emprunté aux H)fotyposcs pyrrhonieiiiics de Sexlus tmpiricus.