C.-i-d. on. se nourrit
ESSAIS DE MOKTAIGVE 155
à toutes façons et coustumcs ■ ; et pourvcu qu'on puisse tenir Tappetit et la volonté soubs boucle -, qu'on rende hardiment un jeune homme commode à toutes nations et compaignies, voire ' au desreglement et aus excès, si besoing est + : qu'il puisse faire toutes choses, et n'ayme à taire que les bonnes. Les philosophes mesmes ne trouvent pas louable en Calisthenes > d'avoir perdu la bonne grâce du grand Alexandre, son maistre, pour n'avoir voulu boire d'autant à luy ^. Il rira, il follastrera, il se desbauchera avec son prince : je veux qu'en la desbauche mesme il surpasse en vigueur et en fermeté ses compagnons, et qu'il ne laisse à faire le mal ny à faute ' de force ny de science, mais à faute de volonté *.
1. Le conseil est bien risqué. Il est des choses auxquelles, par une invincible répugnance, notre corps ne pourr.1 jamais s"accoutumer.
Montaigne, du reste, vient de nous dire qu'il s'était accoutumé à tout, « saut' la bière ». On cite l'exemple de Turenne, qui ne put jamais empêcher sa « carcasse » de trembler au bruit du canon ; l'exemple du brave Henri de Ij Rochejaquelein, le héros de la Vendée, que l'on ne vit jamais tressaillir au feu de l'ennemi et qui, pour seulement passer la main sur le dos d'un animal velu, éprouvait le froid de la peur; enfin le cas des jeunes marins auxquels Pierre le Grand voulut imposer l'habitude de ne « boire » que de l'eau de mer, et qui moururent tous, ayant à peine essayé.