CHAPITRE XX\'1II
(Chapitre XXVII dans l'cdition de 1595.'
De r Amitié î.
Scmmiiirt : La Boètie : dans quel esprit il écrivit la Servitude ■l'olotiliiire. Amitié de Montaigne et de La Boctie. — l.'aniitié entre père et fils ; l'amitic entre
I. Tel est ce fameux chapitre de Y Institution des enfiiils, si intéressant, et par les idées de toute sorte jetées au hasard, et par les confidences personnelles, et par les théories pédagogiques, même et surtout celles qui sont le plus discutables.
11 y a, en ellet, plus d'une réserve à faire sur ce plan d'éducation. « Montaigne a surtout souci de former un galant homme, et nous parait sacrifier un peu trop la solidité du savoir au développement hâtif des qualités brillantes. Son élève court risque d'être un amateur fort distingué plutôt qu'un homme capable d'action, de labeur et de volonté. Le sentiment du devoir manque dans ce plan d'éducation. La seule règle est l'intérêt bien entendu ; U' seul but, l'agrément délicat d'une vie sagement épicurienne. La moralité y fait défaut, ou ne réside que dans un sentiment d'honneur assez vague.
Q.u'arrivera-t il de l'élève de Montaigne, si malgré cet « allechcnient » du travail aimable, et de la Vertu fol.itre, il s'avise de dire à son maitre : « le travail, métiie aimable, et la vertu, même folâtre, m'ennuient »? Le niaitrc scra-t-il désarmé, a, ant reconnu à son disciple une sorte de droit à l'amusement ? Montaigne s'est chargé de réjOiulre a cette question, mais je
pense que cette réponse est une boutade : « Je n'y trouve autre re- « mede sinon que de bonne heure « son gouverneur l'estrangle s'il « est sans tesmoins, ou qu'on le « mette pastissier dans quelque « bonne ville, fust-il fils d'un a duc. » (Petit de Jullcville.) — Rousseau a très heureusement rendu l'idée par laquelle se termine le chapitre de Montaigne, quand il a dit de son lîmile qu' « il a un esprit universel, non par les lumières, mais par la faculté d'en acquérir ; un esprit ouvert, intelligent, prêt à tout, et, comme dit Montaigne, sinon instruit, du moins iustruisiihlc. » Et ce qu'avant tout il ne faut pas faire, c'est un sot savant : car, de l'avis du bon La l'ontaine :
Un sot plein de savoir est plus sot qu'un [autre homme.
2. Cliapitre XXl'II. (Chapitre XXVI dans l'édition de 1595.) — C'est folie de rapporter le vray et le faux à nostrc suffisance.
). Il y a, dans les Essais, quatre chapitres de première importance :
le chapitre XaVI du premier livre, sur l'Institution des enfants ; le chapitre X du second livre, sur les Livres; Llpologie de Raymond Sehond; enfin le présent cliapitre de rAuiiliè. — Ici nous trouvons
ESSAIS UE MUNTAIGNL
..c.-tb. — l.'amitic Jjns le nutiagc — Lj vèriuUc amitii-, et comment iMoii- Uignc aima l-« Boétie. — Ij réponse d'un ami de Tibcrius Gracchus. — Les amitiés communes, et la souveraine et maiircsse amilic. — Les bienfaits entre amis ; le testament li'nn ancien. — Regrets de la mort de La Boétie. — Montaigne ne publiera pas la SfriiluJt wlonlairt dans les Ussuis ; il avertit que l'ouvrage tut écrit « par manière d'exerciution » seulement, et il défend i ce sujet la mémoire de son ami
Considérant la conduite de la bcsongnc d'un peintre que j'ay, il m'a pris envie de l'ensuivre '. Il choisit le plus noble endroit et milieu de chaque paroy pour y loger un tableau élabouré de toute sa suffisance ^, et le vuide tout au tour ', il le remplit de Grotesques 4, qui sont peintures fiintasques, n'ayant grâce qu'en la variété et estrangeté. Que sont-ce icy > aussi, à la vérité, que
plus qu'une pngc philosophique et qu'une belle étude morale : c'est véritablement un hymne à la mémoire sTitH ami. L'homme qui, une fois en sa vie, a éprouvé et inspiré un si vit sentiment d'affection doit être relevé du reproche d'égoisme.
Car. pour reprendre le mot de Butl'on, « c'est l'àmc de son ami qu'il aimait, et pour aimer une âme il faut en avoir une. » — Sur ce chapitre de r.-tmitiè, Lamartine écrivait i son cher Aymon de Virieu (26 juillet 1810) : « Il n'y a pas de chapitre, dans le livre de Slontaigiie, que j'aime autant que celui où il nous parle avec tant de chaleur et de vivacité de cet heureux Etienne de la Boétie. Je dis heureux parce que celui-là au moins a un véritaVie ami, un ami même après sa mort, un ami qui oe négli;ie rien pour le faire ressortir. Comment trouves-tu ce mot-U : « Parce que c'était lui, parce aue c'était moi » ? Je préfère une phrase comme celle-là à tout le long traité de Cicéron et de Séncquc. . . Je suis comnic Montaigne, et je t'aime chaque jour davantage, parce que c'est toi, parce que c'est moi. •