Cicéron, de Amicitia, chap
II. — Plutarque, l'ic des Gracques, chap. V. — Valère-Maxime, IV,
ESSAIS DE MOXTAIGN'E 187
dcvoit dcparlir de l'asseurance qu'il avoit de la volonté de Gracchus, de laquelle il se pouvoir respondre comme de la sienne. Mais toutefois ceux qui accusent cette responce comme séditieuse n'entendent pas bien ce mvstere, et ne présupposent pas, comme il est, qu'il tciioit la volonté de Gracchus en sa manche, et par puissance et par connoissance ' ; et qu'ainsi sa responce ne sonne ^ non plus que feroit la mienne à qui s'enquerroit à moy de cette façon : « Si vostre volonté vous commandoit de tuer vostre fille, la tueriez-vous? » et que je l'accordasse : car cela ne porte aucun tesmoignage de consentement à ce taire, par ce que je ne suis point en doute de ma volonté, et tout aussi peu de celle d'un tel amy. Il n'est pas en la puissance de tous les discours du monde de me desloger de la certitude que j'ay des intentions et jugemens du mien : aucune de ses actions ne me sçauroit estre présentée, quelque visage qu'elle eût, que je n'en trouvasse incontinent le vray ressort. Nos âmes ont charrié î si long temps ensemble, elles se sont considérées d'une si ardante affection, et de pareille affection descouvertes jusques au fin fond des entrailles l'une à l'autre, que non seulement je connoissoy la sienne comme la mienne, mais je me fusse certainement plus volontiers fié à luy de moy qu'à moy-mesme.
Qu'on ne me mette pas en ce reng ces autres amitiez communes 4, car j'en ay autant de connoissance qu'un