‹ Extraits de MontaigneChapitre 188 sur 353 · Plutarque, Vied'Agésilas,lX · texte numérisé non relu

Plutarque, Vied'Agésilas,lX

ESSAIS DE MONTAIGN'E

Nil ego conlulcrint juciindo saiius aniico '.

L'ancien Menandcr disoit celuy-là heureux qui avoit peu rencontrer seulement l'ombre d'un amy ^. Il avoit certes raison de le dire, mesmes s'il en avoit tasté : car à la vérité si je compare tout le reste de ma vie, quoy que par la grâce de Dieu je l'aye passée douce, aisée et, sauf la perte d'un tel amy 3, exempte d'atïïiciion poisante, pleine de contentement et de tranquillité d'esprit, ayant prins en payement mes commoditez naturelles et originelles sans en rechercher d'autres; si je la compare, dis-je, toute aux quatre ou cinq années qu'il m'a esté donné de jouyr de la douce compagnie et société de ce personnage, ce n'est que fumée, ce n'est qu'une nuit obscure et ennuyeuse. Depuis le jour que je le perdy,

Ouem seuiper accrbum, Scinpcr honoralum (sic, DU, voluislis) hahho ♦,

je ne fay que traîner languissant, et les plaisirs mesmes qui s'offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte 5. Nous estions à moitié de tout; il me semble que je lui desrobe sa part,

Nec fas esse ulla vie vohiplate hic fnii

Decrevi, tantisper diim ille iihest meus paiticeps ',

1. B Tant que j'aurai ma raison, je ne trouverai rien de comparable à un tendre ami. » (Horace, Satires, I, V. 44.)

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