‹ Extraits de MontaigneChapitre 194 sur 353 · Sarlat , où La Boétie était né · texte numérisé non relu

Sarlat , où La Boétie était né

5. Les « remuements et nouvelletez » (nova' res) sont les révolutions religieuses du xvi* siècle. — Pour ncuvellete^, voir fwge 85, note 4.

6. Même dans l'amitié, La Boétie apporta cet esprit antique, et Prévost-Paradol a fort justement dit : Ce fut une courte amitié (celle de Montaigne et de La Boétie), et l'on eût dit, à voir son ardeur, qu'elle se sentait menacée de prés pr la mort. Elle était en même temps animée et ennoblie par le souffle de la Renaissance et par cette

jeune émulation avec toutes les grandeurs du monde antique, qui enflammait alors tant de bellesànies.

« Je vous avais choisi parmi tant d'hommes, disait La Boétie à Montaigne sur son lit de mort, pour renouveler avec vous cette sincère et vertueuse amitié de laquelle l'usage est, par les vices, dès si longtemps éloigné d'entre nous, qu'il n'en reste que quelques vieilles traces en la mémoire de l'antiquité, s

7. Ces 29 sonnets, publiés dans le chapitre XXIX (XXVIII) des Essais (premier livre), sont pour la plupart imités et presque traduits de l'italien. Ce sont de bien fades vers d'amour, sans inspiration et sans valeur littéraire, qui ne peuvent que bien mal servir la mémoire de leur auteur, Nous citons ici le premier de ces sonnets

19^ T'USAIS DE MOXTAIGXE

que le sieur de Poiferré homme d'afiiiires et d'entendement, qui le connoissoit long temps avant moy, a retrouvé par fortune chez luy, parmy quelques autres papiers, et me les vient d'envoyer : dequoy je luy suis trés-obligé, et souhaiterois que d'autres qui détiennent plusieurs lopins ' de ses escris, par-cy par-là, en fissent de mesmes ^.

pour donner une idée des autres :

Pardon, amour, pardon ; ô seigneur! je

[te voiie

Le reste de mes ans, ma voix et mes

[escris.

Mes sanglots, mes soiispirs, mes lar-

[mes et mes cris :

Rien, rien icnir d'aucun que de toy, je

[n'advoiie.

Hclas ! comment de moy ma fortune se

[joue !

De toy n'a pas long temps, amour, je

[me suis ris.

J'ai failly, je le voy, je me rends, je

[suis pris.

J'ay trop gardé mon cœur, or je le

[dcsadvoùe.

Si j'ay pour le garder retardé ta victoire,

Ke l'en traitte plus mal , plus grande en

[est ta gloire.

Et si du premier coup tu ne m'asabbatu.

Pense qu'un bon vamqueur et nay pour

[estre grand.

Son nouveau prisonnier, quand un

[coup il se rend,

11 prise et l'ayme mieux, s'il a bien com-

[batu.

I . Lopins. — Morceau de quelque chose qui se mange, et, en général,

morceau de quelque chose. Particulièrement dans lopin de terre.

«... Mon lopin me suffit Faites votre profit du reste. »

(La Font-, FahUs, VIII, 7.)

Ici parties « de ses escris «, fragments.

2. « Plus encore que Montaigne, La Boétie eût perdu à l.i perte de chapitre. Que resterait-il de lui qu'un souvenir, si Montaigne n'avait pris soin, d'une part, d'éditer les œuvres de son ami, de l'autre, d'écrire son éloge en écrivant l'éloge de l'amitié ? En vain l'on essayerait, en elTet, de distinguer entre r;WDitié qu'il glorifie et l'ami qu'il regrette : définition de l'amitié, portrait de l'ami, tout cela se confond, et le ciiapitre de l'Amitié, malgré les souvenirs classiques dont il abonde, n'est qu'un monument élevé .i La Boétie. »

(Hémon, Cours de littérature, Montaigne.)

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