‹ Extraits de MontaigneChapitre 199 sur 353 · Guiere outre ce que j'en crois · texte numérisé non relu

Guiere outre ce que j'en crois

— Guifre, guère, est pris quelquefois dans l'acception de beaucoup.

Ici : beaucoup plus que je n'en crois,

8. Sentir au flaleur est remplacé par sentir le flatteur dans les

me jette naturellement à un parler sec ' et qui tire, à qui ne me cognoit d'ailleurs, un peu vers le dedai|;neux. Ceux que j'ayme me mettent en peine s'il taut que je le leur die, et m'otiVe maigrement et lierement à ceux à qui je suis : il me semble qu'ils le doivent lire en mon cœur, et que l'expression de mes paroles fait tort à ma conception-. Ce sont grands imprimeurs de lettres que les Italiens. J'en ay, ce crois-je, cent divers volumes : celles de Hannibal Caro J me semblent les meilleures. Si tout le papier que j'ay autresfois barbouillé pour les dames estoit en nature, lors que ma main estoit véritablement emportée par ma passion, il s'en trouveroit à l'adventure quelque page digne d'estre communiquée à la jeunesse oysive, embabouinée 4 de cette fureur. J'escris mes lettres tousjours en poste >, et si precipiteusement ^ que, quoy que je peigne 7 insupportablement

éditions postérieures. Montaigne dit : sentir à rien et sentir son gentilhomme. P.isquier (Lettres) lui reproche des locutions telles que :

ces ouirages sentent à l'huile et à la lampe. Le ycibc' sentir était donc construit indifTéremment avec ou sans à.

1. « Parler sec, rond et cru », dans les éditions postérieures.

2. A cette phrase a été substitué, dans l'édition de 1595, le passage suiv.-int :

« J'honnore le plus ceux que j'honiior»; le moins ; et où mon amc m.'»,-:he d'une grande allégresse, j'oublie les pas de la contenance ; et m'ofl're maigrement et fièrement è ceux à qui je suis, Cl me présente moins à qui je me suis le plus donné : il me semble qu'ils le doivent lire en mon cœur, et que l'expression de mes paroles fait tort i ma conception A bienvienncr, i prendre congé, à remercier, à saluer, à présenter mon service, et tels compliments verbeux

des loix cérémonieuses de nostre civilité, je ne cognois personne si sottement stérile de langage que moy ; et n'ay jamais esté employé à faire des lettres de faveur et recommendation que celuy pour qui c' estoit n'aye trouvées sèches et lasches. »

5. Les lettres de Hannibal Caro restent comme un des monuments de la prose italienne. Elles parurent en 1572 et en 1574. Hannibal Caro a laissé encore une célèbre traduction de VEnèide.

4. Emhahoiiinée. — Ce mot de la vieille langue est encore usité.

Il a été formé de babine ou baboiiine, sorte de lèvre pendante de certains animaux. La signification est alléché, séduit.

5 C.-à-d. très vite.

6. Précipiteiiseineiit. — On ne trouve cet adverbe que dans Montaigne. Il a été remplacé par précipitamment.

7. Peigne. — Peindre a quelquefois le sens de tracer des caractères.

mal, i'avme mieux escrire de ma main que d'y en employer un'autre, car je n'en trouve poinct qui me puisse suyvre, et ne les transcris jamais ; j'ay accoustumé les grands qui me connoissent, à y supporter des litures ' et des trasseures ^, et un papier sans plieure 5 et sans marge. Celles qui me coustent le plus sont celles qui valent le moins : depuis que 4 je les traine, c'est signe que je n'y suis pas. Je commence volontiers sans project, le premier traict produict le second. Les lettres de ce temps sont plus en bordures et préfaces, qu'en matière. Comme j'ayme mieux composer deux lettres que d'en clorre et plier une, et resigne tousjours cette charge à quelque autre : de mesmc, quand la matière est achevée, je donrois volontiers à quelqu'un la charge d'y adjouster ces longues harengues, offres et prières que nous logeons sur la fin, et désire que quelque nouvel usage nous en descharge ; comme aussi de les inscrire d'une légende 5 de qualités et tiltres, pour ausquels ne broncher^ j'ay maintesfois laissé d'escrire, et notamment à gens de justice et de finance. Tant d'innovations d'offices, une si difficile dispensation et ordonnance de divers noms d'honneur, lesquels, estant si chèrement acheptez 7, ne peuvent estre eschangez ou oubliez sans offence. Je trouve pareillement de mauvaise grâce d'en charger le front et inscription des livres que nous faisons imprimer *.

écrire. — Quoi qu'il en dise, Montaigne, à en juger par l'exemplaire des Essais annoté de sa main, écrivait de très lisible façon.

1. Litures. — Mot formé par Rabelais de littira, et employé par Montaigne seul après lui. Signifie ratures.

2. Trasseures. — Mot formé par Montaigne de trace (Jractare) et qui ne se trouve que dans les Essais.

Signifie traits de plume.

%. l'Heure. — C.-i-d. [lïi indiquant la marge

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