‹ Extraits de MontaigneChapitre 203 sur 353 · l'eniiinces. — Lire venjancct, vengeances · texte numérisé non relu

l'eniiinces. — Lire venjancct, vengeances

C'est miracle de voir continuer des actions si diverses, d'une si pareille teneur ' qu'il ne s'y sente point d'interruption et d'altération aux confins mcsme et passage de l'une à l'autre -.

Ce n'est pas sans grande raison, ce me semble, que l'Eglise catholique défend l'usage proniiscue 5, téméraire et indiscret des sainctes et divines chansons que le Sainct Esprit a dicté en David •*. Il ne faut mesler Dieu en nos actions qu'avecque révérence et attention pleine d'honneur et de respect. Cette vois est trop divine pour n'avoir autre usage que d'exercer les poulmons et plaire à nos oreilles. C'est de la conscience qu'elle doit astre produite, et non pas de la larigue. Ce n'est pas raison qu'on permette qu'un garçon de boutique, parmy ses vains et frivoles pensemens, s'en entretienne et s'en joue ; ny n'est certes raison de voir tracasser 5 entre les mains de toutes personnes, par une sale et par une cuysine '', le sainct livre des sacrez mystères de nostre

1. Teneur. — Dans le sens de voiilinuité, suite. — «La teneur de sa vie. de sa doctrine, n (Diderot.)

2. Ici, dans l'édition de 1595, à été introduit un long développement dont il faut citer les lignes suivantes :

« Que l'im.ngi nation nie sembloit fantastique de ceulx qui. ces années passées avoient en usage de reprocher à chascun, en qui il reluisoit quelque clarté d'esprit, professant la religion catholique, que c'estoit à leincte : et tenoient mesnie, pour luy faire lionncur, quoy qu'il dist par apparence,

3u'il ne pouvoit faillir au dedans 'avoir sa créance reformée à leur pied ! Fascheuse maladie, de se croire si fort, qu'on se persuade qu'il ne se puisse croire au contraire ! et plus fascheuse cncores, qu'on se persuade d'un tel esprit, qu'il préfère je ne sijais quelle disparité de fortune présente, aux es-

pérances et menaces de la vie éternelle ! Ils m'en peuvent croire : si rien eust deu tenter ma jeunesse, l'ambition du liazard et de la difficulté qui suyvoient cette récente entreprinse, y eust eu bonne part. »

5. Proniiscue. — De promiscuus ; c.-à-d. sans distinction aucune, en mélangeant le sacré au prof;ine.

4. Il s'agit des Ps.iumes que les protestants avaient toujours .a la bouche, qu'ils traduisaient pour les chanter en langue vulgaire On sait qu'une traduction des Psaumes attira sur Marot les rigueurs de la Sorbonne et l'obligea à s'exiler.

5. C.-à-d. prendre et reprendre, tourmenter : \c\ feuilleter sans cesu.

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