‹ Extraits de MontaigneChapitre 206 sur 353 · Solcnnt : de solennis, solennel · texte numérisé non relu

Solcnnt : de solennis, solennel

5. C.-à-d. : et cette interprétation ne porte que sur une petite partie.

tirent plus sortablcment d'ailleurs que d'une si sainte matière, comme aussi les arguments des théâtres, jeuz et spectacles publiques ' ; que les raisons divines se considèrent plus venerablement et reveramment seules et en leur stile, qu'appariées ^ aux discours humains; qu'il se voit plus souvent cette faute, que les théologiens escrivent trop humainement, que cett'autre, que les humanistes escrivent trop peu theologalement : la philosophie, dict saint Chrysostome, est pieça banie de l'escole sainte, comme servante inutile, et estimée indigne de voir, seulement en passant, de l'entrée, le sacraire des saints thresors de la doctrine céleste ; que le dire humain a ses formes plus basses et ne se doibt servir de la dignité, majesté, régence ', du parler divin. Je luy laisse, pour moy, dire fortune, destinée, accident, heur et malheur, et les dieux et autres frases, selon sa mode vulsfaire 4.

I. Le théâtre du moyen âge et, au XV' siècle, le théâtre des Mystères surtout, avaient pris dans riicriture leurs sujets, « les argumens des jeuz et spectacles publiques 1). Par un mélange p.irl'ois extravagant de tragique et de comique, les représentations devinrent ou ridicules ou scandaleuses.

Les protestants firent mine de s'indigner, et le clergé catholique reconnut les inconvénients d'un genre dramatique dont la conception d'abord avait été intéressante et originale autant qu'édifiante. En 1548, un arrêt de Parlement « inhibe et deffend (aux confrères de la Passion) de jouer le mystère de la Passion Nostre Sauveur ne autres mystères sacrez sus peine d'amende arbitraire, leur permettant néanmoins de pouvoir jouer autres mvsteres profanes, honnestcs et licites ». Lt

L'on vit renaître Hector, Andromaque, [Ilion.

Les chefs-d'œuvre de la tragédie classique, pourtant, sont des tragédies religieuses : Polyeticte, Esther, Athalie. Mais ce n'est qu'a la condition d'être traités par des croyants et par des écrivains de génie, par des Corneille et des Racine, que les sujets religieux peuvent être mis à la scène.

2. Appariées est pris dans le sens de mêlées à, mais avec une signification péjorative.

3. Régence se disait pour gouverneincut en général. De regcre.

Ici grandeur royale.

4. Dans l'édition de 1595 : a Je propose les fantaisies humaines, et miennes, simplement comme humaines fantasies, et separeement considérées ; non comme arrestees et réglées par l'ordonnance céleste, incapable de doubte et d'altercation, matière d'opinion, non matière de loy ; ce que je discours selon moy, non ce que je crois selon Dieu, d'une façon laïque,

ESSAIS DE MOXTAIGME 209

Et ne diroit on pas aussi sans apparence, que l'ordonnance de ne s'entremettre que bien reservéement d'escrire de la religion à tous autres qu'à ceux qui en font expresse profession, n'auroit pas faute de quelque image d'utilité et de justice, et à moy mesme à l'avanture de m'en taire ? On m'a dict que ceux mesmes qui ne sont pas de nostre advis défendent pourtant entre eux l'usage du nom de Dieu en leurs propos communs : ils ne veulent pas qu'on s'en serve par une manière d'interjection ou d'exclamation, ny pour tesmoignage ny pour comparaison, en quoy je trouve qu'ils ont raison. Et en quelque manière que ce soit que nous appelions Dieu à nostre commerce et société, il faut que ce soit sérieusement et religieusement.

Il y a, ce me semble, en Xenophon ' un tel discours, où il montre que nous devons plus rarement prier Dieu, d'autant qu'il n'est pas aisé que nous puissions si souvent remettre nostre ame en cette assiette réglée, reformée et devotieuse, où il faut qu'elle soit pour ce fliire : autrement nos prières ne sont pas seulement vaincs et inutiles, mais vitieuses. « Pardonne nous, disons nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offencez. » Que disons nous par là, sinon que nous luy offrons nostre ame exempte de vengeance et de rancune ? Toutesfois je voy qu'en nos vices mesmes nous appelions Dieu à nostre ayde et au complot de nos fautes :

Qiia, nisi sedtictis, uequcas coiinuittcre divis ^.

L'avaricieux le prie pour la conservation vainc et super-

non cléricale, mais tousjours tresreligieuse; comme les enfants proposent leurs essais, instruis.iblcs, non instruisants. » — 11 est plus digne d'un chrétien de mettre d'accord, en toutes matières, ses idées et sa foi. L;i liberté n'v perd rien, et la logii.]ue y pagne beaucoup.

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