Chapitre VI. — De l'E.Kercitation Chapitre VII. — Des Reconi
penses d'honneur,
quelques années auparavant, d'un coup reçu au jeu de paume ; et il est à présumer que son Irèrc aîné mourut dans ces mêmes années.
Devenu cliel de la famille, le ma-
2. Il s'agit de l'entreprise d'é- ' gistrat quitta la robe pour l'épée.
crire un ouvrage.
J. C'est en 1570 que .Montaigne « se jeta » dans la solitude. Sun père était mort en 1569 : le second de ses frères était mort ausisi, I taigne et dans sa « librairie ».
.Mais, dégoûté et effrayé des intrigues de la cour et du danger qu'offraient les fonctions publiques, il se retira d.ms s-i terre de Mon-
mesmes à moy pour argument et pour subjcct. C'est un dessein farouche et monstrueux '. Il n'y a rien aussi en cette bcsoingne digne d'estre remerqué que cette bizarrerie : car à un subject si vain et si vile, le meilleur ouvrier du monde n'eust sceu donner forme et façon qui mérite qu'on en lace conte -. Or, madame, ayant à m'y pourtraire au vif, j'en eusse oublié un traict d'importance, si je n')' eusse représenté l'honneur et révérence singulière que j"ai tousjours rendu à vos mérites et à vos vertuz. Et l'ay voulu dire notamment à la teste de ce chapitre, d'autant que, parmy vos autres grandes qualitez, celle de l'amitié que vous avez monstrée à vos enfans tient l'un des premiers rengs. Qui sçaura l'aage auquel monsieur d'Estissac vous laissa veufve, les grands et honorables partis qui vous ont esté offerts autant qu'à dame de France de vostre condition, la constance et fermeté dequoy vous avez soustenu, tant d'années et au travers de tant d'espineuses dilficultez, la charge et conduite de leurs affaires, qui vous ont agitée par tous les coins de France et vous tiennent encores assiégée, l'heureux acheminement que vous y avez
I. L'idée est-elle si monstrueuse, et de Montaigne peut-on dire que a le moi est haïssable »? — « Si les Essais, dit M. Hémon, n'étaient que le portrait, démesurément étendu, d'un même personnage toujours conséquent avec luimême, ils seraient d'une lecture insupportable. Le moi ne peut être haïssable, au contraire, lorsqu'il est si souple et si varié; on aime à ne point le perdre de vue à travers ce labyrinthe aux mille détours, où souvent Ion ne voit bien clairement qu'une chose, c'est que, si la route est incertaine, le guide est aimable. » — Saint-Evremoiul et Villemain se sont rencontrés dans le même éloge : « Montaigne dit un peu trop naïvement ses pensées et ses inclinations, et, lorsqu'il a
fait quelques digressions, il en revient toujours à lui-même, qui est le sujet de son ouvrage. Mais, en ramenant son lecteur chez lui, il a toujours de quoi lui plaire et le réjouir. Ce n'est point un hôte importun. Quand la conversation lui manque, il a des amis qui la soutiennent jusqu'.i ce qu il ait un peu respiré. On y entend avec plaisir les anciens, et même quelques modernes; et il fait, par ce mélange, une variété qui plaît toujours... Le sujet nous a souvent échappé ; mais nous retrouvons toujours l'auteur, et c'est lui que nous aimons. »
2. Face conte. — Qu'on en tienne compte. Voir autre signification p.\ge 211, note 2.
donne p.ir vostre seule prudence ou bonne fortune, il dira aisément avec moy que nous n'avons point d'exemple d'aftection maternelle en nostre temps plus exprez ' que le vostre. Je loue Dieu, madame, qu'elle est si bien emplovée ; car les bonnes espérances que donne de soy monsieur d'Estissac asseurent assez que, quand il sera en aage, vous en retirerez l'obéissance et reconoissance, d'un très bon fils. Mais d'autant qu'à cause de son enfance, il n'a peu remcrquer les extrêmes offices ' qu'il a receu de vous en si grand nombre, je veus, si ces escrits viennent un jour à luy tomber en main lorsque je n'auray plus ny bouche ny parole qui le puisse dire, qu'il reçoive de moy ce tesmoignage en toute vérité, qui luv sera encore plus vifvement tesmoigné par les bons efîects dequoy, si Dieu plaist. il se ressentira, qu'il n'est gentil-homme en France qui doive plus à sa mère qu'il faict, et qu'il ne peut donner à l'advenir plus certame preuve de sa valeur et de sa vertu qu'en vous reconnoissant pour telle.
S'il y a quelque loy vrayement naturelle, c'est à dire quelque instinct qui se voye universellement et perpétuellement empreinct aux bestes et en nous (ce qui n'est pas sans controverse), je puis dire, à mon advis, qu'après le soing que chasque animal a de sa conservation et de fuir ce qui nuit, l'affection que l'engendrant porte à son engeance ' tient le second lieu en ce rang. Ht. parce que nature semble nous l'avoir recommandée, regardant à estandre et faire aller avant les pièces successives de cette sienne machine, ce n'est pas de merveille si, à reculons, des enfants aux pères, elle n'est pas si grande.
Puisqu'il a pieu à Dieu nous estrener 4 de quelque