‹ Extraits de MontaigneChapitre 222 sur 353 · C.-à-d. : pour ma part · texte numérisé non relu

C.-à-d. : pour ma part

2. Mousse. — Se dit de ce qui n'est pas aigu, vif. On peut lire aussi mousse, pour èmousse, comme àl.i p.igc 172, note i. — J.-J. Rousseau écrit : " Quoique ma pénétration, naturellement très moHjjf... »

3. Montaigne voudrait donc n'aimer les enfants que s'ils sont aimables. L'atTection n'aurait plus

alors le désintéressement qu'implique surtout l'affection p.ilernelle. Mais nous savons de reste que l'ami de La Boctie ne connut jamais, pour ne les avoir jamais éprouvés, les véritables sentiments de famille. N'a-t-il p.is dit encore :

« J'en ai perdu deux ou trois (enfants) en nourrice, sinon sans regret, au moins sans fâcherie »?

mcsmc de le quitter, nous rend plus espari:;nans et rctrains " envers eux : il nous semble qu'ils nous marchent sur les talons ; et si nous avions à craindre cela, puis que Tordre naturel porte qu'ils ne peuvent, à dire vérité, estre nv vivre qu'aux despens de nostre substance, nous ne devions pas estre pères.

Quant à moy, je treuve que c'est cruauté et injustice de ne les recevoir au partage et société de nos biens, et compaignons en l'intelligence de nos affaires domestiques quand ils sont en aage, et de ne retrancher et reserrer nos commoditez ^ pour pourvoir aux leurs, puis que nous les avons engendrez à cet effect. C'est injustice de voir qu'un père vieil, cassé et demi-mort, jouvsse seul, à un coin du foyer, des biens qui suffiroient à l'avancement et entretien de plusieurs enfans, et qu'il les laisse cependant, par faute de raoven, perdre leurs meilleures années sans se pousser au service public et connoissance des hommes

J'accuse toute violence en l'éducation d'une ame tendre, qu'on dresse pour l'honneur et la liberté. Il y a je ne sçay quov de servile en la rigueur et en la contraincte ; et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison, et par prudence et adresse, ne se faict jamais par la force. On m'a ainsin eslevé : ils disent qu'en tout mon premier aage, je n'ay tasté qu'à deux coups le fouet, et bien mollement. J'ay deu la pareille aux enfans que j'ay eu : ils me m.eurent ' tous en nourrisse ; mais une seule fille •♦ qui est eschappée à cette infortune a attaint six ans et plus, sans qu'on ait emploie à sa conduicte, et pour le chastiement de ses fautes puériles, l'indulgence de sa mère s'y appliquant ayséement, autre

1. Réirains. — L'adjectif est tiré du vieux verbe reslraiiuire (restringère), qui est aujourd'hui restreindre.

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