hnf'itre IX. — Des Armes des Parthes
ESSAIS DE MOXTAIGKE
relies, et nullement des acquises ' : et qui me surprendra d'ignorance*, il ne fera rien contre moy ; car à peine respondroy-je à autruy de mes discours, qui ne m'en responds point à moy-mesme, ny n'en suis satisfaict. Qui sera en cherche > de science, si la cherche ■♦ où elle se loge : il n'est rien dequoy je face moins de profession. Ce sont icv mes lantasies, par lesquelles je ne tasche point à donner à connoistre les choses, mais moy 5 : elles me seront à l'adveniure connues un jour, ou l'ont autresfois esté, selon que la fortune m'a peu porter sur les lieux où elles estoient esclaircies ; mais .v*» une mémoire qui n'a point dequoy conserver trois
1. Montaigne nous prévient ainsi qu'il veut nous communiquer des aperçus, des impressions, sjs • fantasies », et non le résultat d'études savantes et approfondies. La science est bien « le plus noble et le plus puissant acquest de l'homme » ; il ne s'en donne pas moins le cruel plaisir de montrer l'inanité de la science même, et surtout il « ne la veut pas aclicpter si cher qu'elle couste...
ni se rompre la teste, non pas pour la science mesme, de quelque grand pris qu'elle soit ». Nous n'avons donc pas affaire à un critique de profession, i un critique f.ùsant de l'érudition et de la doctrine, mais à un lecteur de goût qui nous soumet ses observations.
lit encore c'est moins à ces observations, impressions et fantaisies, qu'au fantaisiste loi-méme, qu'ira notre attention.
2. C.-à-d. : qui me surprendra dans I- erreur commise par ignorance.
j. Cherche ne se disait que dans
cette locution : élre m ctyercbe de.
Cf. être en quête de.
}. C.-à-d. : eb/ bien, qu'il la rche. Celte signifi-Mtiiin de si : rare.
5. € Dans ce chapitre, autant et plus peut-être que dans les autres, c'est lui surtout que nous devrons chercher. » (Hémon, Cours de littérature.)
6. Cette page a été considérablement augmentée et modifiée dans l'édition de 1595 : a... les lieux où elles estoient esclaircies ; mais il ne m'en souvient plus ; et si je suis homme de quelque leçon, je suis homme de nulle rétention : ainsi je ne pleuvHs aulcune certitude, si ce n'est de laire cognoistre jusques à quel poinct monte, pour cette heure, la cognoissance que j'en av. Qu'on ne s'attende pas aux matières, mais i la façon que j'y donne : qu'on veoye, en ce que j'emprunte, si j'ay sceu choisir de quoy reluulser ou secourir proprement l'invention, qui vient tousjours de moy ; car je foys dire aux aultres, non à ma teste, mais à ma suitte, ce que je ne puis si bien dire, par foiblesse de mon langage, ou par foiblesse de mon sens. Je ne compte pas mes emprunts, je les poise ; et si je les eusse voulu faire valoir par nombre, je m'en feusse chargé deux fois aut.iiit :
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jours la munition que je luy auray donné en garde » : ainsi je ne plcuvy ^ aucune certitude, si ce n'est de faire connoistre ce que je pense,
Excutienda damus pracordia >,
et jusques à quel poinct monte, pour cette heure, la connoissance que j'ay de ce dequoy je traitte. Q.u'on ne s'attende 4 point aux choses dequoy je parle, mais à ma façon d'en parler et à la créance que j'en ay. Ce que je desrobe d'autruy, ce n'est pas pour le faire mien ; je ne pretens icy nulle part que celle de raisonner et de juger : le demeurant n'est pas de mon rolle, Je n'y demande rien, sinon qu'on voie si j'ay sceu choisir ce qui joignoit justement à mon propos >. Et ce, que ^ je cache par fois le nom de l'autheur à escient " es choses que
ils -sont touts , ou fort peu s'eu fault, de noms si fameux et anciens, qu'ils me semblent se nommer assez sans moy. Ez raisons, comparaisons, arguments, si j'en transplante quelqu'un en mon sola)j;e, et confonds aux miens ; à escient j'en cache l'aucteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hastifves qui se jectent sur toute sorte d'escripis, notamment jeunes escripts, d'hommes encore vivants, et en vulgaire, qui rcccoit tout le monde à en parler, et qui semble convaincre la conception et le desseing vulgaire de mesme : je veulx qu'ils donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, et qu'ils s'eschauldent à injurier Sencque en moy. Il fault musser ma foiblesse sous ces grands crédits. "J'avmcray quelqu'un qui me sçaclie déplumer, je dis par clarté de jugement, et par la seule Jistinctioi) de la force et beauté des propos : car moy, qui, à faulte de mémoire, demeure court touts les coups a lu* trier par cognoissance
de nation, sçais tresbien cognoistre, à mesurer ma portée, que mon terroir n'est aulcunemeiit capable d'aulcunes fleurs trop 'iches que j'y treuve semées ; et que touts les fruits de mon creu ne les Siçauroient payer. De cecy suis je tenu... »
1. Montaigne se plaint souvent de sa mémoire, et non sans quelque afléctation. Voir page 47,
2. f/fHTV.C.-à-d. '.{je ne) garantis. DepUinir, dont il est malaisé de donner l'étymologie. Pleiger avait la mén-.e signification de cautionner, garantir.
5. « Je donne mes pensées pour ce qu'elles valent. » (Perse, Sat.,
4. S'attende. — C.-à-d. : (qu'on ne) fasse pas altenlion. Sens de attendcrc latin.