Cf. à bon escient
j'emprunte, c'est pour tenir en bride la légèreté de ceux qui s'entremettent de juger de tout ce qui se présente, et, n'ayans pas le nez capable de gouster les choses par elles mesmes, s'arrestent au nom de l'ouvrier et à son crédit. Je veux qu'ils s'eschaudent à condamner Ciceron ou Aristote en moy. De cecy suis-ie tenu de respondre, si je m'empesche movmesme, s'il y a de la vanité et vice en mes discours, que je ne sente poinct ' ou que je ne soye capable de sentir en me le représentant : car il eschape souvent des fautes à nos yeux, mais la maladie du jugement consiste à ne les pouvoir apercevoir lorsqu'on les offre à sa veùe ^. La science et la vérité peuvent loger chez nous sans jugement, et le jugement y peut aussi estre sans elles : voire la reconnoissance de l'ignorance est l'un des plus beaux et plus seurs tesmoignages de jugement que je trouve. Je n'ay point d'autre sergent de bande, à ranger mes pièces, que la fortune '. A mesme que •♦ que mes resveries se présentent, je les entasse ; tantost elles se pressent en foule, tantost elles se traînent à la file. Je veux qu'on voye mon pas naturel et ordinaire, ainsin détraqué qu'il est. Je me laisse aller comme je me trouve : aussi ne sont ce pas icy matières qu'il de soit pas permis d'ignorer, et d'en parler casuellement > et témérairement. Je souhaiterois bien avoir plus parfaicte intelligence des choses, mais je ne la veux pas achepter si cher qu'elle couste. Mon dessein est de passer doucement, et non laborieusement, ce qui me reste de vie. II n'est rien pourquoy je me vueille rompre la teste, non pas pour la science mesme, de quelque grand pris qu'elle soit.
Je ne cherche aux livres qu'à my donner du plaisir par un honneste amusement : ou si j'estudie, je n'y
1. C.-i-d. si je tn' cm barras se moi-même de manière à ne [^as sentir .