C.-à-J. : au hasard
cherche que la science qui traicte de la connoissance de moy mesmes, et qui m'instruise à bien mourir et à bien vivre ' :
Has meus ad inetas sudet oportet equus ' .
Les difficultez, si j'en rencontre en lisant, je n'en ronge pas mes ongles ; je les laisse là, après leur avoir lait une charge ou deux. Si je m'y plantois, je m'y pcrdrois, et le temps ; car j'ay un esprit primsautier : ce que je ne voy de la première charge, je le voy moins en m'y obstinant. Je ne foy rien sans gayeté, et la continuation esbloûit mon jugement, l'attriste et le lasse : il faut 3 que je le retire et que je l'y remette à secousses -f : tout ainsi que pour juger du lustre de l'escarlatte, on nous ordonne de passer les yeux pardessus, en courant à diverses veuës, soudaines reprinses, et réitérées. Si ce livre me fasche, j'en prens un autre, et ne m'y addonne qu'aux heures où l'ennuy de rien faire commence à me saisir. Je ne me prens guiere aux nouveaux, pour ce que les anciens me semblent plus tendus 5 et plus roides ; ny aux grecs, par ce que mon jugement ne se satisfaict pas d'une moyenne intelligence <".
1. Montaigne juge, en effet, chaque écrivain par ce qu'il peut valoir en tant que moraliste. De l.i sa préférence marquée pour les philosophes et les historiens, pour ceux du moins qui apprennent à l'homme à se connaître au lieu de l'égarer dans les a rcsveries », et dont Cl l'instruction est de la cresme de la philosophie » , par exemple pour Plutarque et pour Sénéquc.
2. 0 C'est vers ce but que doit courir mon coursier. » (Properce, IV, I. 70.)
3. Variante (iS95) : " ••• ''attriste et le lasse. Ma veue s'y confond et s'y dissipe; il faut que je la retire . »