C.-â-d. : à plusieurs reprises et brusquement
5. Var. (1595) : « plus pleins et plus roides », c.-à-d. plus riches d'idées et plus fermes.
6. Montaigne a donc beau nous dire Livre I, ch. XXVI (XXV) qu'il n'avait « quasi du tout point d'intelligence du grec », et (Livre II, ch. IV) qu'il « n'entendait rien au grec », nous avons, sans doute, ici la valeur exacte qu'il faut attribuer à ces phrases. Il ne connaissait pas le grec aussi parfaitement que le latin, pujqu'il parlait cette dernière langue comme sa langue maternelle, mais il en avait une (1 moyenne intelligence ». Regret-
ESSAIS DE MONTAIGKE 235
Entre les livres simplement plaisans, je trouve, des modernes, le Dccameron de Boccace ', Rabelays - et les Baisers de Jean Second ', s'il les fault loger sous ce tiltre ; et des siècles un peu au dessus du nostre, l'Histoire iEthiopique •♦, dignes qu'on s'y amuse 5. Quant aux
tant peut-être cette sincérité un peu en contradiction avec les déclarations précédentes, Montaigne a ainsi modifié le passage pour l'édition de 1595 : 0 ny aus grecs, parce que mon jugement ne serait pas faire ses besoignes d'une puérile et apprantisse intelligence. »
1. Le Décaméron du conteur italien Boccace (né à Paris en 1315, mort à Florence en 1575) est un recueil de cent nouvelles distribuées en dix jours ; d"où le titre : Œuvre lU dix jours. Par un piquant artifice, ce sont sept jeunes femmes qui content ces nouvelles à trois jeunes hommes. L'œuvre est fort licencieuse. La Fontaine et Voltaire ont souvent puisé dans le Di-caméron. D'ailleurs, on a pu dire qu'ils reprenaient un bien français, puisque Boccace lui-même n'avait guère fait que recueillir des contes dérivés de nos vieux fabliaux.
2. Rabelais, né à Chinon, probablement en 149), m*"^ à Paris vers 15)}. Successivement corJelier, bénédictin, simple homme d'église, médecin, secrétaire d'ambassade, chanoine et curé de .Meudon, il écrivit entre temps son œuvre célèbre, Garganluit et Pantagrutl. On connaît le jugement de La Bruyère : « Son livre est une énigme inexplicable... ; c'est un monstrueux assemblage d'une morale fine et irigénieusc et d'une s.ilc corruption. Où il est mauvais, il passe bien loin au delà du pire, c'est le. charme de la canaille: où il est bon, il va jusques à l'exquis
et à l'excellent, il peut être le mets des plus délicats, v
5. Jean Second, de son vrai nom Jean Everaerts, est un poète hoU.indais (i>ii-i556) dont tout le XVI* siècle admira les poésies latines. Les plus fameuses sont dix-neuf pièces élégiaques, les Joannis Seciindi Basia , « amas d'épigrammes, dit Coste, sur le sujet marqué dans le titre de l'ouvrage. »
4. La mention de cette Histoire athiopique a été supprimée dans l'édition de 1595.
5. 0 Dignes qu'on s'y amuse », Gargantua, Pantagruel, comme VHistoire athiopique ! C'est bien diminuer l'œuvre puissante de Rabelais. Calvin, il est vrai, l'appelait un « gaudisseur », et un « jetteur de brocards » ; mais aussi Rabelais traitait furieusement « les démoniacles Calvins, imposteurs de Genève ». Etienne P.isquier a mieux reconnu le vrai mérite du grand écrivain : » En le lisant, on y trouve matière de rire et d'en faire son profit tout ensemble. »
Nous ne devons pas, en efTet, nous en tenir à l'apparence extérieure, nous arrêter devant cette façade « pincte au dessus de figures joyeuses et frivoles », mais entrer dedans où « l'on réserve de fines drogues ». Le livre de Rabelais est l'œuvre d'un bouffon, d'un bouffon habile qui a su, sans se compromettre, être un philosophe hardi et novateur. Le rire cache une pensée sérieuse, profonde souvent;
Amadis ' et telles sortes d'escrits, ils n'ont pas eu le crédit d'arrester seulement mon enfance. Je diray encore cecy, ou hardiment ou témérairement, que cette vieilli": ame poisante ne se laisse plus chatouiller, non seulement à l'Arioste ^, mais encores au bon Ovide : sa facilité et ses inventions, qui m'ont ravy autresfois, à peine m'entretiennent elles à cette heure. Je dy librement mon advis de toutes choses, voire et de celles qui surpassent à l'adventure ma suflisance, et que je ne tiens aucunement estre de ma jurisdiction : ce que j'en opine, ce n'est pas aussi pour establir la grandeur et mesure des choses, mais pour faire connoistre la mesure et force de ma veuë. Quand je me trouve dégousté de l'Axioche 5 de Platon, comme d'un ouvrage sans nerfs et sans force, eu esgard à un tel autheur, mon jugement ne s'en croit pas : il n'est pas si vain 4 de s'opposer à l'authorité de tant d'autres meilleurs jugemens, ny ne se donne témérairement la loy de les pouvoir accuser; il s'en prend à soy-mesmes, et se condamne, ou de s'arrester à l'escorce, ne pouvant pénétrer jusques au fons, ou de regarder la chose par quelque faux lustre. 11 se contente de se garentir seulement du trouble et du desreiglement : quant à sa foiblesse, il la reconnoit et advoùe volontiers. Il pense donner juste interprétation aux apparences que son appréhension luy présente, mais elles sont imbecilles et imparlaictes. La plus part des fables d'Esope ont plusieurs sens et intelligences. Ceux qui les mvthologisent 5, en choisissent quelque visage qui quadre bien à la fable, mais pour la pluspart
pour trouver cette « doctrine plus absconcc », il faut « ronTpre l'os sugcer la subst.intifique mouelle ».