L'édition antérieure de
contenait ici cette appréciation qui aurait dû rester : « Car il se laisse trop aller a cette affectation de pointes et subtilités de son temps. »
6. Montaigne dit, quelques lignes plus loin, que Térence « sent bien plus au gentilhomme », ou, suivant le texte de 1595, qu'il « sent bien mieulx son gentilhomme ». Il le .juge au point de vue de la forme, comme un écrivain de cabinet plus que comme un écrivain de théâtre. Il a donc bien raison de louer ces « grâces du langage latin » que Fénelon admirera à son tour. « Ce poète comique a une naïveté inimitable, qui plait et qui attendrit par le simple récit d'un fait très commun. » {Le lire à rAceiiiémie.') Tout le .wii* siècle (Bossuet, Lettre au pape Innocent XI sur l'instruction du Dauphin ; Nicole, Traité sur l'Eihidition d'un prince, 2°-' partie, 39 ; l'énelon, Lettre à V Académie ; Là Bruyère, Caractères, chap. I ; Boileau, Art poétique, chant III: Racine; La
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je le trouve admirable à représenter au vif les mouvemens de l'ame et condition de nos meurs ■ ; je ne le puis lire si souvent, que je n'y trouve quelque beauté et grâce nouvelle. Ceux des temps voisins à Vergile se plaignoicnt dequoy aucuns luy comparoient Lucrèce. Je suis d'opinion que c'est à la vérité une comparaison inégale ^ ; mais j'ay bien à faire à me r'asseurer en cette créance, quand je me treuve attaché à quelque beau lieu de ceux de Lucrèce. S'ils se piquoient de cette comparaison, que diroient ils de la bestise et stupidité barbaresque de ceux qui luy comparent à cette heure Arioste? et qu'en diroit Arioste luy-mesme?
0 seclum insipicns et inficctinn ! 5
plus à se a Terence
J'estime que les anciens avoient encore plaindre de ceux qui comparoient Plante (cettuy cy sent bien plus au gentil-homme 4), que de la comparaison de Lucrèce à Vergile. Pour l'estimation de Terence 5, il m'est souvent tombé en fantaisie comme, en nostre temps, ceux qui se meslent de faire des comédies (comme les Italiens, qui y sont assez heureux) employent trois ou quatre argumens de celles
Fontaine, préjace de V Eunuque) goûtera le charme de délicatesse exquise qui est dans Terence.
La critique actuelle, pourtant, à Terence préfère Plaute, plus vivant et plus écrivain de théâtre.
1. M Rien ne joue mieux, sans outrer aucun caractère. » (Fénelon, Lctt. à l'Acadànie.)
2. Le .xvi* siècle, le xvii" et le XVIII' ont invariablement préféré Virgile à Lucrèce, ainsi que Terence à Plaute. Aujourd'hui Plaute, dont on apprécie plus la force et le mouvement, est placé bien au-dessus de Terence, et, entre Lucrèce et Virgile, par un changement analogue dans la manière de juger, la comparaison n'est
plus « inégale a. Au reste, Montaignesemble avoir peu saisi le c.iractère de la poésie de Lucrèce, d'une si sombre et triste énergie.
5. « O siècle sans jugement et sans goût 1 » (Catulle, XLIII, 8.)