‹ Extraits de MontaigneChapitre 240 sur 353 · Voir plus haut, page 257, note · texte numérisé non relu

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5. Var. (1595) : « Pour l'estimation et préférence de Terence, f.iict beaucoup que le père de l'éloqucnce romaine l'a si souvent en la bouche, seul de son reng ; et la sentence que le premier juge des poètes romains donne de son compaignon. » Ce j'remicr juge des poêles romains, c'est Horace, si sévère pour Plaute dans l'Art poclit/ue, vers 270.

de Terence ou de Plaute pour en faire une des leurs. Us entassent en une seule comédie cinq ou six contes de Boccace. Ce qui les faict ainsi se charijcr de matière, c'est la defrtance qu'ils ont de se pouvoir soustenir de leurs propres grâces : il faut qu'ils trouvent un corps où s'appuyer ; et, n'ayant pas du leur assez dequoy nous arrester, ils veulent que le conte nous amuse. Il en va de mon autheur tout au contraire : les perfections et beautez de sa taçon do dire nous font perdre le goust de son subject ; sa gentillesse et sa mignardise ' nous arrestent par tout ; il est par tout si plaisant,

Liquidiis puroque simillimus amni -,

et nous remplit tant l'ame de ses grâces, que nous fuvons la fin de son histoire '. Cette mesme considération me tire plus avant : je voy que les bons et anciens poètes ont évité l'affectation et la recherche, non seulement des fantastiques élévations 4 espagnoles et petrarchistes >, mais des pointes mesmes plu? douces et plus retenues, qui sont l'ornement de tous les ouvrages poétiques des siècles suyvans. Si n'y a il bon juge qui les trouve à dire ^ en ces anciens, et qui n'admire plus sans comparaison l'égale polissure et cette perpétuelle douceur et beauté fleurissante des epigrammes de Catulle, que tous les esguillons dequoy Martial esguise la queue

1. Mignardise, ici comme plus haut, est pris dans le sens favorable de délicatesse.

2. « Il coule avec tant d'aisance et de pureté, » (Horace, Epist. n,

}. « Qpe nous en oublions celle de sa fable. » (1595). Cette variante ^t l'expncation de la leijon un peu •:iL;nutique de l j88.

. Hleiations a ici fe mauvais .ns de emfibase, enflure.

;. Les pointes et rafféteric italiennes avaient été mises à la mode

par les sonnets de Pétrarque que Melin de Saint -Gelais et, à sa suite , tous les a poètes courtisans », imitaient. Il est intéressant de voir .VIontaigne condamner ce mauvais goût. Plus vivement que lui encore, H. Estienne protesta, dans ses deux Dialogua du nouveau langage français ilali.inisé (1578), contre la manie des imitations italiennes.

6. C.-à-d. : 7»»' trouve à Us hldtner. — Voir page 19}, note j, et page 190, note i.

ESSAIS DE MOKTAIGNE

des siens '. C'est cette mesme raison que je disov tautost, comme dit Martial de soy, minus illi ingcuio lahoraiidiim fuit, in cujus locuin nialeria successeral -. Ces premiers là, sans s'esmouvoir et sans se picquer, se font assez sentir; ils ont dequoy rire par tout, il ne fiiut pas qu'ils se chatouillent. Ceux-ci ont besoing de secours estrangier; à mesure qu'ils ont moins d'esprit, il leur faut plus de corps ; ils montent à cheval par ce qu'ils ne peuvent aller à pied : tout ainsi qu'en la danse et en nos bals, j'ay remerqué que ces hommes de vile condition, qui en tiennent cscole, pour ne pouvoir représenter le port et la décence de nostre noblesse, en recompense de cette grâce qu'ils ne peuvent imiter, cherchent à se recommander par des sauts périlleux et autres mouvemens estranges et bateleresques J ; et les dames ont meilleur marché de leur grâce et contenance aux danses où il y a diverses descoupeures et agitation de corps, qu'en certains autres bals de parade, où elles n'ont simplement qu'cà marcher un pas naturel et représenter un port naïf et ordinaire : et comme j'ay veu aussi les badins 4 excellens, jouant h'ur rolle vestus à leur ordinaire 5 et d'une contenance commune, nous donner tout le plaisir qui se peut tirer de gens de leur métier; les apprentifs et qui ne sont de si haute leçon,

1. Bûileau, dans son Art poétique, a repris cette expression :

Et n'allez point toujours, d'une pointe fri-

Aiguisfr par la quetie une épigrammc

(folle.

2. <■ Il n'avait pas de grands efforts .i faire, le sujet lui tenait lieu d'esprit. » (Martial, Préface du liv.

Vin.)

5. C.-â-d. : mouvemens de bateleurs. Tous CCS adjectifs en csque, au dire d'H. Estienne, étaient formés du suffixe italien esco. B^iteleresijue a disparu ; mais il en reste beaucoup d'autres : cbci'aleresque, barl'aresijiw.

Voir p. 227, n. 5 et p. 108, n. 7.

4. C.-.i-d. les joueurs de Janrs, les ccvtédiens de la foire.

5. Dans l'édition de 1595, on lit cette curieuse expression : Vestus en leur à tous les jours ». — Du reste tout le passage a été corrigé : « El comme j'ay veu aussi les badin s excellents, vestus en leur à tous les jours et en une contenance commune, nous donner tout le plaisir qui se peult tirer de leur art ; les apprentifs et qui ne sont de $i haulte leçon, avoir besoing de s'cnfariner le visage, de se travestir, se contrefaire en mouvements de grimaces sauviiges, pour nous apprester .i rire. »

il t.uit qu'ils s'enlarinent le visage, il leur faut trouver des vestemens ridicules, des mouvemens et des grimaces pour nous aprester à rire. 'Cette mienne conception se reconnoit mieux qu'en tout autre lieu, en la comparaison de l'.Hneide et du Furieux ' : celuy-là, on le voit aller à tire d'aislc, d'un vol haut et ferme, suyvant tousjours sa pointe ; cettuy-cy, voleter et sauteler de conte en conte, comme de branche en branche, ne se fiant à ses aisles que pour une bien courte traverse, et prendre pied à chaque bout de champ, de peur que l'haleine et la force luv faille,

Excursusqiic brèves tentât -.

Voylà donc, quant à cette sorte de subjects, les autheurs qui me plaisent le plus.

Quant à mon autre leçon ', qui mesle un peu plus de fruit au plaisir, par où j'apprens à renger mes humeurs et mes conditions 4, les livres qui m'y servent plus ordinairement, c'est Plutarque, depuis qu'il est françois >, et Seneque ^. Ils ont tous deux cette notable commodité pour mon humeur, que la science que j'y cherche, elle y est traictée à pièces décousues, qui ne demandent pas l'obligation d'un long travail, dequoy je suis incapable, comme sont les opuscules de Plutarque, et les epistres de Seneque, qui est la plus belle partie de ses escrits et la plus profitable. Il ne faut pas grande entreprinse pour m'y mettre ; et les quitte où il me plait, car elles n'ont

f)oint de suite des unes aux autres : j'ayme en gênerai es livres qui usent des sciences, non ceux qui les

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