Qttesie. — C.-à-d. : recherche
qu'il a CMiiployé depuis tant de siècles l'a enrichy de quelque nouvelle force et de quelque vérité solide. Je crov qu'il me confessera, s'il parle en conscience, que tout l'acquest qu'il a retiré d'une si longue poursuite, c'est d'avoir appris à reconnoistre sa vilité et sa foiblesse. L'ignorance qui estoit naturellement en nous, nous l'avons, par longue estude, confirmée et avérée. Il est advenu aux gens véritablement sçavans ce qui advient aux espics de bled : ils vont s'eslevant et se haussant la teste droite et fiere, tant qu'ils sont vuides; mais quand ils sont pleins et grossis de grain en leur maturité, ils commencent à s'humilier et à baisser les cornes. Pareillement, les hommes avant tout essayé et tout sondé, n'avant trouvé en tout cet amas de science et provision de tant de choses diverses rien de massif et de ferme, et rien que vanité, ils ont renoncé à leur présomption
et reconneu leur condition naturelle '
J'auroy trop beau jeu si je vouloy considérer l'homme en sa commune ûiçon et en gros, et le pourroy faire pourtant par sa règle propre, qui juge la vérité non par le poids des voix, mais par le nombre. Laissons là le peuple,
Qui vigilans stertil,
Morttia cni vita est prope jam, vivo atqtie vident i » ;
qui ne se sent point, qui ne se juge point, qui laisse la plus part de ses facultez naturelles oisives. Je veux prendre l'homme en sa plus haute assiette. Considérons le en ce petit nombre d'hommes excellens et triez qui, avant esté douez d'une belle et particulière force naturelle, l'ont encore roidie et esguisée par soin, par estude et par art, et l'ont montée au plus haut point où elle
pa
I . Ces considérations si clcvces, et, à ccrt.iins égards, si justes, ne doivent pourtant pas faire méconnaître les progrès accomplis par l'humanité en m.itière scientifique, progrès absolument certains et vérifiés par l'expériencg.
2. « Cliii dort tout éveillé, et qui est presque mort, lors même qu'il vit et qu'il a les yeux ouverts. »
Lucrèce, III, 1059, 1061.
puisse atteindre. Ils ont manié leur ame à tout sens et a tout biais, l'ont appuyée et estançonnée ' de tout le secours csiranger oui luy a esté propre, et enrichie et ornée de tout ce qu ils ont peu emprunter, pour sa commodité, du dedans et dehors du monde; c'est en eux que loge la hauteur extrême de l'humaine nature. Ils ont réglé le monde de polices et de loix. Ils l'ont instruict par arts et sciences, et instruict encore, par l'exemple de leurs meurs admirables, en règlement et en droiture. Je ne mcttray en compte que ces gens-là, leur tesmoignage et leur expérience. \'ovons jusques où ils sont allez et à quoy ils se sont résolus. Les maladies et les défauts que nous trouverons en ce collège là, le monde les pourra hardiment bien avouer pour siens. Quiconque cherche quelque chose, il en vient à ce
poinct, ou qu'il dict qu il l'a trouvée, ou qu'elle ne se peut trouver, ou qu'il en est encore en queste. Toute la philosophie est aépartie en ces trois genres. Son des-
sein est de chercher la vérité, la science et la certitude. Aristoteles, Epicurus, les stoïciens et autres ont pensé l'avoir trouvée. Ceux-cy ont establi les arts et les sciences que no"us avons, et les ont traittées comme notices^ certaines. Clitomachus, Carneades et les académiciens ont désespéré de leur queste, et jugé que la vérité ne se pouvoit concevoir par nos moyens. La fin de ceuxcy, c'est la foiblesse et humaine ignorance; ce party a eu la plus grande suyte et les sectateurs les plus nobles î. Pyrrho et autres sceptiques ou epechistes disent qu'ils sont encore en cherche de la vérité : ceux-cy jugent que ceux qui pensent l'avoir trouvée se trompent infiniement, et qu'il v a encore de la vanité trop hardie en ce
1. Eitattfcmnèe , c.-à-d. ètayée, toutenue. Le verbe est formé de «t.vrrn ou ètançon, c.-à-J. étui, luimême tiré de l'ancien franç.iis «- Sattce.