‹ Extraits de MontaigneChapitre 262 sur 353 · jix\n twtitiai, connaissances · texte numérisé non relu

jix\n twtitiai, connaissances

). 11 le semble à Montaigne,

parce qu'il est lui-même de «. ce party » ; mais il est permis de trouver aussi « noble », même si l'on s'en tient à l'antiquité, le parti des dogmatistes, qui est celui de Platon et d'Aristotc, d'Epicure et de Zenon.

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second degré qui asseure que les forces humaines ne sont pas capables d'y atteindre. Car cela, d'establir la mesure de nostre puissance, de connoistre et juger la difficulté des choses, c'est une grande et extrême science, de laquelle ils doubtent que l'homme soit capable '.

Nil sciri qtiisquis piitat, id quoque nescit An sciri possit qtio se nil scire fatetur '.

Je ne me persuade pas ayséement qu'Epicurus, Platon et Pythagoras nous ayent donné pour argent contant leurs Atomes, leurs Idées et leurs Nombres : ils estoient trop cler-voj'ans pour establir leurs articles de foy de chose si incertaine et si debatable. Mais, en cette obscurité et ignorance du monde, chacun de ces grands personnages s'est travaillé d'apporter une telle quelle image de lumière, et ont esbatu leur ame à trouver des inventions qui eussent au moins une plaisante et subtile apparence. Un ancien à qui on reprochoit qu'il faisoit profession de la philosophie, de laquelle pourtant en son jugement il ne tenoit pas grand compte, respondit que cela c'estoit vraymant philosopher. Ils ont voulu considérer tout, balancer tout, et ont trouvé cette occupation propre à la naturelle curiosité qui est en nous. . .

Et si on ne le prenoit ainsi, comme couvririons nous une si grande inconstance, variété et vanité d'opinions que nous voyons avoir esté produites par ces âmes excel-

I . C'est pour cela qu'ils s'abstiennent de rien affirmer (î~£"/oyT'.); de là le nom d'épcchistes, que Montaigne vient de leur donner, et qui ne manque pas d'analogie avec le nom d'ngiiostitjues, adopté aujourd'hui p.ir ceux « qui ne peuvent pas connaître ».

Parmi les philosophes cités dans ce paragraphe, Aristote, chef des péripatéticiens, Epicure, chef des épicuriens, Pyrrhon, chef des scep-

tiques, sont assez connus. Carnéade (213-126 av. J.-C.)et Clitomaque, son disciple, représentèrent, au 11° siècle, la Nouvelle Académie, école fondée par Arcésilas (516- 229), et qui combattait le dogm.itisme des épicuriens et des stoïciens.

2. « Celui qui croit ne rien savoir, ne sait mcme pas si l'on peut savoir ce qui lui permet de dire qu'il ne sait rien. » Lucrèce, IV, 470.

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lentes et admirables? Car, pour exemple, qu'est-il plus vain que de vouloir régler Dieu et le monde à nostre capacité et à nos loix, et nous servir aux despcns de la Divinité de ce petit eschantillon de suffisance qu'il luy a pieu despartir à nostre naturelle condition ? et, par ce que nous ne pouvons estendre nostre veuë jusques en son glorieux siège, l'avoir ramené çà bas à nostre corruption et à nos misères? De toutes les opinions humaines et anciennes touchant la religion, celle là me semble avoir eu plus de vray-serablance et plus d'excuse, qui reconnoissoit Dieu comme une puissance incompréhensible, origine et conser\'atrice de toutes choses, toute bonté, toute perfection, recevant et prenant en bonne part l'honneur et la révérence que les humains luy rendoient soubs quelque visage et en quelque manière que ce fut '. Car les deitez, ausquelles 1 homme, de sa propre invention, a voulu donner une forme, elles sont injurieuses, pleines d'erreur et d'impiété. \'ovlà pourquoi de toutes les religions que saint Paul trouva en crédit à Athènes, celle qu'ils avoyent desdiée à une « Divinité cachée et inconnue » luy sembla la plus excusable ^

Rien du nostre ne peut apparier ou raporter en quelque façon que ce soit à la nature divine, qui ne la tache et marque d'autant d'imperfection. Cette infinie beauté, puissance et bonté, comment peut elle souffrir quelque correspondance et similitude à une si vile chose et si abjecte que nous sommes, sans un extrême

1. Cette idée de Dieu était, en effet, comme le dit Mont.nignc, la meilleure a de toutes les opinions bumiiiiies et attciennts louchant la religion ». On voit qu'il exclut de cette comparaison et met en un rang à part la religion chrétienne et révélée.

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