CHAPITRE XVII
De la priesiimption ^.
Sommaire : Certaines attitudes du corps ou certaines manières qui révèlent l'ftme. — Montaigne s'estime peu lui-même : son esprit ; son goftt, mais son impuissance dans la poésie ; toujours ce qu'il fait reste au dessous de son idéal ; tout est grossier chez lui ; il ne sait pas charmer par les grâces superficielles d'une belle parole. — Style de Montaigne. — Son langage français altéré par la barbarie gasconne. — Portrait physique et portrait moral de Montaigne. — A ses amis il accorde volontiers plus que leur valeur; à ses ennemis il rend justice. — Hommage à La Boétie. — Ceux que Montaigne estime les plus grands parmi ses contemporains.
Il me souvient donc que, dés ma plus tendre enfance, on remerquoit en moy je ne sçay quel port de corps et
haulser et soublever par les moyens purement célestes. C'est à nostre l'ov chrestienne, non à sa vertu stoïque, de prétendre à cette divine et miraculeuse métamorphose. »
Après la lecture de ce chapitre, où se trouve condensée toute la philosophie de Montaigne, nous ne croyons pas qu'on puisse mettre en doute la sincérité de son christianisme. Comme Pascal, il est conduit à la foi par le spectacle des contradictions humaines. Mais là s'arrête la ressemblance entre l'auteur des Essais et l'auteur des Pctisérs. .'\insi que le dit fort bien M. Petit de Julleville, « Pascal sort du scepticisme absolument croyant, Montaigne en sort simplement conservateur de ce qui existe. L'un agit par l'effet d'une conviction troublée mais ardente ; et l'autre par esprit de conduite, et par dédain ou peur de l'effort.
L'un est humble vraiment, et vraiment chrétien ; l'autre est prudent ui circonspect, s'abritant dans la religion comme dans un port tran-
quille, où il cherche le repos et un certain engourdissement de l'àme.
Pascal, cœur autrement noble, n'y veut trouver que le sacrifice et la plus pure vertu. »