Chapitre XVI. — De la Gloire
2. Montaigre parle, en effet, de la présomption, mais pour dire aussitôt « qu'il ne veut pas que, de peur de faillir de ce costé la, un homme se mcsconnoisse pourtant, ny qu'il pense estre moins que ce qu il est. » Et il part de li pour se peindre lui-même, dans ce chapitre qui est un des plus caractéristiques des Essais, avec une sincérité absolue et presque de la candeur. Le vrai titre du chapitre serait donc . Portrait ph\sii]ite et moral de Montaigne, ou Montaigne peint par lui-mime.
des gestes tesmoignants quelque vaine et sotte fierté. J'en veux dire premièrement cccy, qu'il n'est pas inconvénient ■ d'avoir des conditions et des propensions si propres et si incorporées en nous que nous n'ayons pas moyen de les sentir et reconnoistre. Et de telles inclinations naturelles, le corps en retient volontiers quelque pli sans nostre sceu et consentement. C'estoit une certaine mollesse afFetée qui taisoit un peu pancher la teste d'Alexandre sur un cosié et qui rendoit le parler d'Alcibiades ^ mol et gras : estans douez d'une extrême beauté, ils s'y aidoyent un peu sans y penser, par mignardise. Julius Caesar se gratoit la teste d'un doigt 3, qui est la contenance d'un homme remply de pensemens pénibles; et Cicero, ce me semble, avoit accoustumé de rincer le nez-i, qui signifie un naturel moqueur. Tels mouvemens peuvent arriver imperceptiblement en nous. Il y en a d'autres artificiels, dequoy je ne parle point, comme les bonnettades 5 et révérences, par où on :tcquiert, le plus souvent à tort, l'honneur d'estre bien humble et courtois. Je suis assez prodigue de bonnettades, notamment en esté ^, et n'en reçoys jamais sans revenche, de quelque qualité d'homme que ce soit, s'il n'est à mes gages?. Je désirasse ^ d'aucuns princes que
1. // n'est pas inconvénient. — Inconienient a son sens d'origine (Je in-convenire) : qui ne coiiiient pas. D'où : il n'est pas contraire à notre nature que, il n'est pas extraordinaire que...
2. On sait qu'Aldbi.ide chercha à se faire remarquer à Athènes par ses grdces affectées, par ses vices, SCS orgies et ses excentricités.
}. D'après Plutarque. Vie de César, ch. I. — Mais Sénèque en dit autant de Pompée {Controv., liv. III, 19).