‹ Extraits de MontaigneChapitre 285 sur 353 · BrnIaU, c.-h-d. grossière · texte numérisé non relu

BrnIaU, c.-h-d. grossière

s'en faut enquérir aux maistres; mais les belles âmes, ce sont les aines universelles, ouvertes et prestes à tout ' : ce que je dy pour accuser la mienne; car, soit par foiblesse ou nonchalance (et de mettre à nonchaloir ce qui est à nos pieds, ce que nous avons entre-mains, ce qui regarde de plus prés le service de nostre vie, c'est à mon advis une bien lourde faute), il n'en est point une si inepte et si ignorante que la mienne de plusieurs telles choses vulgaires et qui ne se peuvent sans honte ignorer. Il faut que j'en conte quelques exemples.

Je suis né et nourry aux champs et parmi le labourage; j'av des affaires et du mesnage - en main, depuis que ceux qui me devançoient en la possession des biens que je jouys m'ont quitté 5 leur place. Or je ne sçay conter ny à get 4 ny à plume : la pluspart de nos monnovcs, je ne les connoy pas; ny ne sçay la différence de l'un grain à l'autre, ny en la terre, ny au grenier, si elle n'est pas trop apparente, nv à peine celle d'entre les choux et les laictues de mon jardin. Je n'entens pas seulement les noms des premiers outils du mesnage, ny les plus grossiers principes de l'agriculture, et que les enfants sçavent; moins aux arts mechaniques, en la trafique i et en la connoissance des estoffes, diversité et nature des fruicts, de vins, de viandes, ny à dresser un oiseau, ny à niedeciner un cheval ou un chien. Et, puis

I. AJd. (1595) : « si non instruicies, au moins insiruisables. »

— Et Montaigne est ici en parfait accord avec lui-même : la même idée a été exprimée au chapitre de VInstitulion lies enfants.

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