CHAPITRE XXX II
Defcnce de Seneqiie et de Phitarque.
Sommairt : Défense de Sèiièque i propos d'un petit livret que ceux de b rcligioa prétendue réformée font courir, et qui emprunte ses reproches i Dion l'histo-
peignant pour aultruy, je me suis peinct en moy, de couleurs plus nettes que n'estoient les miennes premières, je u'ay pas plus faict mon livre, que mon livre m'a ùict :
livre consubstantiel à son aucteur, d'une occupation propre, membre de ma vie, non d une occupation et fin tierce et estrangiere, comme touts aultres livres. Ay je perdu mon temps , Je m'estrc rendu compte de moy, si continuellement, si curieusement ? car ceul.i qui se repassent par fantaisie seulement et par langue, quelque heure, ne s'examinent pas si prime ment ny ne se pénètrent, comme celuy qui en faict son estude , son ouvrage et son mestier, qui s'engage à un registre de durée, de toute sa foy, de toute sa force : les plus délicieux plaisirs, si se dirigent ils au dedans, fuyent à laisser trace de soy, et fuyent I.1 veue, non seulement du peuple, mais d'un aultre.
Combien de fois m'a cette besongne diverty de cogitations ennuyeuses?
et doibvent estre comptées pour ennuyeuses toutes les frivoles. Nature nous a estrenez d'une large t.iculté à nous entretenir à part ; et nous y appelle souvent, pour nous apprendrequcnous nousdebvonsen partie à la société, mais en la nieil- Icurt parti: i nous. Aux fins de rengcr ma fantasie à resver mesme par quelque ordre et project, et la garder de se perdre et extravaguer au vent, il n'est que de donner corps et Tiettrc en registre tant
de menues pensées qui se présentent à elle : j'escoute à mes resveries. parce que j'ay à les enrool- 1er. Q.uantesfois, estant marry de quelque action que la civilité et la raison me prohiboient de reprendre à descouvert, m'en suis je icy desgorgé, non sans desseing de publicque instruction? »
I. Chapitre XIX. — Ds la Liberté de conscience. — Ce chapitre sur la liberté de conscience est consacré à Julien l'Apostat. Le jugement favorable que porte Montaigne sur cet ennemi du christianisme faillit être un obstacle à l'obtention de la bulle de bourgeoisie romaine qu'il sollicitait en 1581, pendant son séjour à Rome.
Le maître du sacré palais bldma:t fort ce chapitre : mais enfin le « censeur, dit Montaigne, remit à ma conscience de rhabiller ce que je verroisde mauvais goust. »(royage, t. II, p. 55.) La bulle obtenue, Montaigne ne rhabilla rien... On sait que, depuis. Voltaire a pris texte de ce chapitre pour toutes ses louanges eu faveur de Julien.
(D'après une note de l'édition Jouaust.)