‹ Extraits de MontaigneChapitre 301 sur 353 · o Ne crai;^nez ni ne desirez · texte numérisé non relu

o Ne crai;^nez ni ne desirez

la mort. » (Martial, Epigr., X, 47.) 4. Ayons autiint vescu soubs leurs règles. — C.-à-d. : qui aient vécu aussi longtemps en se soumettant à la conduHi' (les médecins.

n'est la raison, aumoins que la fortune est de mon party; or, chez les mcdecios, fortune vaut beaucoup mieux que la raison. Qu'ils ne me prennent point à cette heure à leur advantage; qu'ils ne me menassent point, atterré comme je suis : ce seroit supercherie. Aussi, à dire la vérité, ) ay assez gaigné sur eux par mes exemples domestiques, encore qu'ils s'arrestent là. Les choses humaines n'ont pas tant de constance : il y a deux cens ans. il ne s'en faut que dix-huict, que cet essay nous dure, car le premier ' nasquit l'an mil quatre cens deux. C'est vravement bien raison que cette expérience commence à nous faillir. Qu'ils ne me reprochent point les maux qui me tiennent à la gorge : d'avoir vescu quarante six ans pour ma part, n'est-ce pas assez ? Quand ce sera le bout de ma carrière, elle est des plus longues.

Mes ancestres avoient la médecine à contre-cœur par quelque inclination occulte et naturelle ; car la veuë mesme des drogues faisoit horreur à mon père...

En premier lieu, l'expérience me le fait craindre : car, de ce que j'ay de connoissance, je ne voy nulle race de ens si tost malade et si tard guérie que celle qui est sous a jurisdiction de la médecine. Leur santé mesme est altérée et corrompue par la contrainte des régimes^. Les médecins ne se contentent point d'avoir la maladie en gouvernement, ils rendent la santé malade, pour garder qu'on ne puisse en aucune saison eschapper leur authorité. D'une santé constante et entière, n'en tirent ils pas l'argument d'une grande maladie future ? J'ay esté assez souvent malade, j'ay trouvé, sans leur secours, mes maladies aussi douces à supporter (et en av essayé quasi de toutes les sortes) et aussi courtes qu'à nul' autre; et si n'y ay point meslé l'amertume de leurs drogues. La santé, je 1 ay libre et entière, sans règle et

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