C-i-d.: que U coup por te s' il pf'it
Au demeurant, je ne suis pressé de passion, ou hayneuse, ou amoureuse, envers les grands, ny n'ay ma volonté garrotéc d'oftence ou obligation particulière. La cause générale et légitime ne m'attache non plus que moderéement et sans fièvre ; je ne suis pas subjet à ces hvpotheques ' et engagemens penetrans et intimes : la colère et la hayne sont au delà du devoir de la justice, et sont passions servans seulement à ceux qui ne tiennent pas assez à leur devoir par la raison smiple. Toutes intentions légitimes sont d elles mesmes tempérées ^ sinon elles s'altèrent en séditieuses et illégitimes. C'est ce qui me taict marcher par tout la teste haute, le visage et le coeur ouvert. A la vérité, et ne crains point de l'advouer, je porterois facilement au besoing une chandelle à S. Michel, l'autre à son serpent, sui- \ant le dessein de la vieille '; je suivray le bon party jusques au feu, mais exclusivement si je puis 4. Que Montaigne s'engouffre quant et 5 la ruyne publique, si besoin est; mais, s'il n'est pas besoin et s'il ne sert, je sçauray bon gré à la fortune qu'il se sauve ; et autant que mon devoir me donne de corde ^, je l'employé à sa conservation
1. Engager sa conduite, c'est, en quelque manière, laisser prendre hypothèque sur ses actes, sur soi.
Meintaigne veut donc dire qu'il n'est pas homme à aliéner son indépendance entre les mains des grands.
2. Une fois de. plus, Montaigne déclare son parti pris de modération.
Il est l'ennemi des opinions extrêmes; il « aime les natures tempérées et moyennes ».
3. Allusion à quelque dicton du temps, ou à quelque conte qui représentait une vieille portant un cierge à saint Michel et un autre au dragon que le saint terrasse.
4. Rabelais en avait dit et souvent répété autant, et particulièrement dans le Prologue de Pantagruel, tiers livre, ch. III et ch. VII.