‹ Extraits de MontaigneChapitre 307 sur 353 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du Repentir.

Sommaire : Le vice laisse une repentance an l'ârae. — Une fierté gcnéreaçc accompagne la bonne conscience. — Ne pas chercher dans les actions vcrtueus.s l'approbation d'autruv, mais s'en tenir au jugement de sa conscience. — On ne se repent pas des péchés qu'une longue habitude a enracinés. — C'est une vie exquise celle qui se maintient en ordre jusques en son privé.

Il n'est vice véritablement vice qui n'offence, et qu'un jugement entier ■ n'accuse ; car il a de la laideur et incommodité si apparente, qu'à l'advanture ceux-là ont raison qui disent qu'il est principalement produict par bestise et ignorance ^ : tant est-il malaisé d'imaginer qu'on le cognoisse sans le haïr. Le vice laisse, comme un ulcère en la chair, une repentance en l'ame, qui tousjours s'esgratigne et s'ensanglante elle mesme. Car la raison efface les autres tristesses et douleurs, mais elle engendre celle de la repentance, qui est plus griefve, d'autant qu'elle naist au dedans, comme le froid et le chaut des fièvres est plus poignant que celuv qui vient du dehors. Je tiens pour vices (mais chacun selon sa mesure) non seulement ceux que la raison et la nature condamnent, mais ceux aussi que l'opinion des hommes a forgé, voire fauce et erronée, si les loix et l'usage l'auctorise.

Il n'est pareillement bonté ' qui ne resjouysse une nature bien née. Il y a certes je ne sçay quelle congratulation de bien foire qui nous resjouit en nous mesmes, et une fierté généreuse qui accompaigne la bonne

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