‹ Extraits de MontaigneChapitre 311 sur 353 · Enlonner a ici le sens de ver · texte numérisé non relu

Enlonner a ici le sens de ver

ser comme dans un tonneau. Œ i-ntonnoir.

5. ■ Crainte, colère, joies, soucis, et jusqu'aux plus secrètes pas- ' ioas, tout est exprime dans ce style. » (Juvénal, VI, 189.)

356 USSAIS DE MONTAIGKE

kur est demeurée en k langue ^ Si les bien-nées me croient, elles se contenteront de faire valoir leurs propres et naturelles richesses ^. Elles cachent et couvrent leurs beautez soubs des beautez estrangercs : c'est grande simplesse d'estouffer sa clarté pour luire d'une lumière empruntée ; elles sont enterrées et ensevelies soubs l'art. C'est qu'elles ne se cognoissent point assez : le monde n'a rien de plus beau ; c'est à elles d'honnorer les arts et de fiirder le fard. Que leur taut-il.

1. Le mot est plein d'une spirituelle malignité, et exprime une observation très juste. Et c'est moins la science que l'afFcctation de la science, la pédanterie, qui est déplaisante dans la femme. Qy'une savante soit savante pour son compte, pour elle seule, dans son intérieur, sans étalage et sans bruit : il n'y a rien là qui ne se puisse admettie. Mais elle est femme, et, savante, elle veut moins l'être que le paraître ; elle parle haut, elle parle à tout venant. La science, trop souvent, « est demeurée en la langue », et elle jase, et elle pontifie, et elle finit par se rendre odieuse. Voilà son tort.

2. Au xvi° siècle, Agrippa d'Aubigné, comme Montaigne, demande pour les femmes une instruction discrète, et tout au plus accordet-il que les princesses et femmes de haute naissance, parce qu'elles peuvent se trouver dans le cas de manier les grandes affaires, connaissent « le labeur des lettres. »

« J'ay vu un tel sçavoir presque toujours inutile aux demoiselles de moyenne condition comme vous (il écrit à ses filles), car les mo'ns heureuses en ont plustost abusé qu'usé; les autres ont trouvé ce labeur inutile, essayant, comme on dit communément, que quand le rossignol a

des petits, il ne chante plus... Je conclus ainsy que je ne %'oudrois aulcunenient inciter au labeur des lettres aultres que des princesses, qui sont par leur condition obligées au soin, à la cognoissance, à la suffisance, aux gestions et auctoritez des hommes. » {Œuvres d' Agrippa d'Aubignè, tom. I.)

Molière demandera qu'elles aient « des clartés de tout », et seulement des clartés. — Fénelon acceptera pour la femme toutes les connaissances utiles, redoutant surtout en elle « le vide de l'esprit ». Mais, à peu près comme Montaigne, il voudra que la science n'étoulTc p.is les « naturelles richesses », et jugera qu' « il faut se contenter d'aider et de suivre la nature ».

Point de théories ardues, point de longs et difficiles préceptes, point d'écrasante surcharge pour la mémoire. Car « il y a, pour leur sexe, une pudeur pour la science presque aussi délicate que celle qu'inspire l'horreur du vice ». — Et enfin l'on sait la part restreinte, trop restreinte , dirait-on assurément aujourd'hui, que M"' de Maintenon , cette petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, fait à l'instruction, aux connaissances positives : tous les soins, jusqu'au raffinement, doivent être réservés à l'instruction du coeur, aux préceptes moraux.

que vivre aymces et honnorces ? Elles n'ont et ne sçavent que trop pour cela. Il ne faut qu'esveiller un peu et réchauffer les facultez qui sont en elles '. Quand |e les voy attachées à la rhétorique, à la judiciaire -, à la ioj];ique, et semblables drogueries si vaines et inutiles à leur besoino;, j'entre en crainte que les hommes qui le leur conseillent le facent pour avoir loy ' de les régenter soubs ce tiltre. Car quelle autre excuse leur trouverois-je ? Baste ■♦ ! qu'elles peuvent, sans nous, renger la grâce de leurs yeux à la gaieté, à la sévérité et à la douceur, assaisonner un nenny de rudesse, de doubte et de faveur, et qu'elles ne cherchent point d'interprète aux discours qu'on faict pour leur service. Avec cette science, elles peuvent commander à baguette et régenter les regens de l'eschole. Si toutesfois il leur tache de nous céder en quoy que ce soit, et veulent par curiosité avoir part aux livres, la poésie est un amusement propre à leur besoin : c'est un art follastre et subtil, desguisé, parlier >, tout en plaisir, tout en montre, comme elles ^. BJlcs tireront aussi diverses commoditez de l'histoire. En la philosophie, de la part qui sert à la vie, elles prendront les discours qui les dressent à juger de nos humeurs et conditions, à se deftendre de nos trahisons, à régler la témérité de leurs propres désirs, à ménager leur liberté, alonger les plaisirs de la vie, et à porter humainement l'inconstance d'un serviteur, la rudesse d'un

1. L'idée est bien conforme à ce que nous savons des théories de Xlonlaigne sur « l'institution » de son fils de famille. Il faut ouvrir et former l'esprit plutôt que le remplir, et cette règle doit être celle surtout de l'éducation des jeunes filles.

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