CHAPITRE VIII
De l'oisivelé.
Soiiiinaire : Dans le loisir, Montaigne laisse son esprit s'entrcteair lui-même, et il commence à noter ses chimères.
Dcrnicrement que je me rctiray chez moy, délibéré, autant que je pourroys, de ne me mesler d'autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit que de le laisser en pleine oysiveté s'entretenir soymesmes ^, et s'arrester et rasseoir en soy : ce que j'esperois qu'il peut meshuy 5 faire plus aisément, devenu avec le temps plus pôisant et plus meur ; mais je trouve,
variam seniper dant olia inentem ■*,
que, au rebours, faisant le cheval eschappé, il se donne cent fois plus d'affaire à soy mesmes qu'il n'en prenoit pour autruy ; et m'enfante tant de chimères et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre et sans propos, que, pour en contempler à mon aise l'ineptie et