‹ Extraits de MontaigneChapitre 31 sur 353 · Monstrueuse, c.-à-d. prodigieuse (monstrum, prodige · texte numérisé non relu

Monstrueuse, c.-à-d. prodigieuse (monstrum, prodige

7. Conrad troisiesme. — Montaigne ici, à l'exemple des Latins, se sert du nombre ordinal, dont l'emploi, d'ailleurs, semble mieux justifié. « Le ro\ Lo\s iiniiesme. »

(Ess., liv. I, ch. XL).— Conrad III, empereur d'Allemagne de 1138 à II 52, le premier de la maison de Souabe. Il disputa la couronne à Henri le Lion, dont les droits furent énergiquement soutenus par Welf (Guelphe) de Bavière, son oncle. L'Allemagne se divisa en deux factions qui prirent les noms devenus fameux de Guelfes (de If'elj) et de Gibelins (du château de If'eiblingcn , lieu de naiss.ince de Conrad : par corruption Gibelin).

— C'est à la bataille de VV'einsberg (1140) que « Guelphe, duc de Ba> vières », fut battu.

8. Quelques i-iles. — De même que tout (page 41, note 2), quelque s'accorde dans tous les cas.

qu'on luv offrit, que de permettre seulement aux gentilsfemmes ' qui estoyent assiégées avec le duc de sortir, leur honneur sauve ^, à pied, avec ce qu'elles pourrovent emporter sur elles. Elles, d'un cœur magnanime, s'avisèrent de charger sur leurs espaules leurs maris, leurs enfans et le duc mesme. L'empereur print si grand plaisir à voir la gentillesse de leur courage, qu'il en pleura d'aise, et amortit toute cette aigreur d'inimitié mortelle et capitale qu'il avoit portée contre ce duc; et dés lors en avant ^ le traita humainement, luy et les siens.

L'un et l'autre de ces deux moyens m'emporteroit aysément, car j'ay une merveilleuse lascheté vers la miséricorde et le pardon, tant y a 4 qu'à mon advis je serois pour me rendre plus naturellement à la compassion qu'à l'estimation. Si 5 est la pitié passion vitieuse aux

1. Gentils femmes. — Les adjectifs qui, d'après l'étymologie latine, auraient dû se décliner suivant le

type :

Masculin et Féminin

Cas sujet : Tels (talis),

Cas régime : Tel (talem).

Cas sujet : Tels (talcs),

Cas régime : Tels (taies),

furent ramenés, par assimilation îvcc les substantifs analogues, au paradi-rnic suivant :

Masculin Féminin

I Cas sujet : Teh, Tel,

i Casrépime: Tel, Tel,

1 Cas sujet : Tel, Tels,

I Cas régime : Tels, Tels.

La for ne gentils femmes est donc la forrt ; très correcte de la deuxième déclinaison des adjectifs d.ins le vieux français.

2. Honneur Siiiive. — Honneur est du féminin au XVI' siècle. Un certain nombre de mots ont de même chanf;é de genre. On disait :

( le grand affaire. « (Hss., liv. III, ch. VIII). — « Ta carrosse... »

(Régnier). — Son cholère... » (G.ir-

Singulier Pluriel

Singulier Pluriel

nier). — .< La doute que j'ai...»

(Malherbe). — « Le cont.igieux erreur... I) (Amj'ot). — « Pour exemple parfiitte... » (Régnier). — « La mélange de ses adventures... »

(Aniyot). — « Une effrontée mensonge... » (Montaigne). — « Francus s'embarque en sa navire. »

(Ronsard).

j. Dés lors en avant, — ou (Tores en avant (dorénavant) — vient de de-or (liora) en avant et signifie de rheure actuelle en avant, désormais, à l'avenir.

4. Tant y a. — Les pronoms personnels sujets sont souvent supprimés devant la forme verbale, et spécialement après une conjonction. L'iisage de l'impersonnel il est encore plus rare. « En voils n'a (il n'y a) point tant de rudesse. »

(CI. Niarot). — Dans différents auteurs : n'a guéres (n.iguère), tnnt s'en faut; expressions qui sont restées.

5 . Si est la pitié passion vitieuse aux stohjues : c.-à-d. toutefois la pitié est pour les stoïciens une passion

stoïqucs : ils veulent qu'on secoure les affligez, mais non pas qu'on fléchisse et compatisse avec eux

Certes c'est un subjcct merveilleusement vain^ divers et ondoyant que ITiomme ; il^ est malaisé d'y fonder et ëstablir"[ugement constant et uniforme '. Voylà Pompeius qui pardonna à toute la ville des Mamertins, contre laquelle il cstoit fort animé, en considération de la vertu et magnanimité du citoyen Zenon ^, qui se chargeoit seul de la faute publiqueet ne requeroit autre grâce que d'en porter seul la peine ; et l'hoste 5 de Sylla, ayant usé en la ville de Peruse •» de semblable vertu, n'y gaigna rien, nv pour soy > ny pour les autres.

coiiiiiimiuihU. — Li conjonction si, au XVI' siècle, a fréquemment la signification adversative de toiitt-fois , cependant, néanmoins. Il est quelquetbis renforcé par pourtant :

« Si pourtant je me trouve peu subject aux maladies, » (£«., I, ch.

LV) ; et plus souvent encore il est précédé de et, ou suivi de est-ce que : « 5i est-ce qu'encores en y a-til qui... (£t.t.. liv. I. ch. V).

1. Phrase souvent citée. Elle est surtout vraie de .Vlontaigne luimême ; mais il est permis de l'appliquer à tous les hommes, pourvu qu'on n'en tire pas, comme il arrive dani les Essais, des conclusions exagérées contre la fixité de la raison et de la morale. L'homme est a divers et ondoyant » dans l'application des principes essentiels ; il ne l'est point dans l'affir-

mation de ces principes mêmes. Il se trompe et il varie dans la recherche des causes ; il ne se trompe ni ne varie dans la croyance au principe de causalité. Il fait des lois changeantes pour déterminer les relations entre citoyens ; il ue change pas dans la croyance que ces relations doivent respecter les droits de chacun.

2. Plutarque raconte le trait {l'ie de Pompée), mais appelle SOe'vv'.o;, et non Zenon, ce héros. Montaigne cite de mémoire, et le souvenir du grand philosophe lui a fait prendre Zenon pour Sthennius.

j. Hostc. — Ennemi (hostis).

4. D'après Plutarque, à Préneste (dans le I-itium), et non à Péruse (en Etrurie).

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