CHAPITRE IX
De la vanité
Sommaire : Il devrait y avoir des loix contre les écrivains ineptes et inutiles. — Montaigne se décliargerait volontiers sur un tiers du gouvernement de ses biens. 11 se fie à ses domestiques ; il n'aime pas s'occuper de ses propres affaires. — La société des hommes finit toujours par s'organiser. — Le meilleur gouvernement. — Les changements sont nuisibles aux Etats. — Sou amour pour Paris. — Sou admiration passionnée pour la Rome antique et la Rome moderne.
... Il y devrait avoir quelque coërction des loix contre les escrivains ineptes et inutiles, comme il y a contre les vagabons et fainéants ; on banniroit des mains de nostre peuple et nioy et cent autres. Ce n'est pas moquerie, l'escrivaillerie ' semble estre quelque simptome d'un siècle desborde : quand escrivismes nous tant que depuis que nous sommes en trouble ? quand les Romains tant q^ue lors de leur ruyne. Outre ce, que l'affinement des esprits, ce n'en est pas l'assagissement en une police, cet embesoingnement oisif naist de ce que chacun se prent lâchement à l'office de sa vacation et s'en desbauche. La corruption du siècle se faict par la contribution particulière de chacun de nous : les uns y confèrent ^ la trahison, les autres l'injustice, l'irréligion, la tyrannie, l'avarice, la cruauté, selon qu'ils sont plus puissans ; les plus foibles y apportent la sottise, la vanité, l'oisiveté, desquels je suis 3 '
1. JiscrivailUrie. — Le mot, qui est si expressif, a été formé p.ir .Montaigne de escrivailler , le péjoratit de cscrire. C'est la fureur tCècrivailler, d'écrire en écrivant mal