Couragf, dans le sens de Ctxur
2. C.-i-d. : (/<• ne pas les contuiitre et de ne pas préivir leurs mauvaises aillons.
}. Ces aveux et ces conseils ne
sont pas d'un homme pratique, ni d'un sage qui voudrait échapper à l'avarice. « C'est, comme dira plus loin Montaigne lui-mcme, faitardise et mollesse. *
n'ay sceu gaigner sur moy de voir ny tiltres ny mes principaux alîaires, qui ont nécessairement à passer par ma science et par mon soing. Ce n'est pas un mespris philosophique des choses transitoires et mondaines; je n'ay pas le goust si espuré, et les prise pour le moins ce qu'elles valent ; mais certes c est faitardise * et mollesse inexcusable et puérile. J'estoy, ce croi-je, plus propre à vivre de la fortune d'autruy, s'il se pouvoit sans obligation et sans servitude
En fin je vois, par nostre exemple, que la société des hommes se tient et se coust, à quelque pris que ce soit : en quelque assiete qu'on les couche, ils s'appilent et se rengent en se remuant et s'entassant, comme des corps mal unis qu'on empoche sans ordre trouvent d'eux-mesme la façon de s accommoder, se joindre et s'emplacer les uns parmy les autres, souvent mieux que l'art ne les eust sceu disposer
Non par opinion, mais par vérité, l'excellente et meilleure police est à chacune nation celle soubs laquelle elle s'est maintenue. Sa forme et commodité essentielle despend de l'usage. Nous nous desplaisons volontiers de la condition présente ; mais je tiens pourtant que d'aller désirant le commandement de peu ^ en un estât populaire, ou en la monarchie une autre sorte de gouvernement, c'est vice et folie.
Aymc Testât tel que tu le vois estre : S'il est royal, ayme la royauté; S'il est dtt peu, ou bien communauté, Ayme l'aussi, car Dieu t'y a faict naistrc.
[Ainsi en parloit] le bon monsieur de Pibrac "' ; que
I. Ftiildidiu-. — Un de ces mots que la langue eût dû ne p.is perdre. Composé de fait et lard, commt fiiinèaniise, àa fait et néant La signification est donc : négligence, nonchalance.
2. Le commaiulcment de peu, c'est l'oligarchie. Montaigne veut ici parler de la Ligne et des Sei^e.
3. Ce « bon monsieur de Pibrac», dont Montaigne fait un si parfait éliiL;e. était Gui du Faur, seigneu'
ESSAIS DE MONTAIGKE 3 55
nous venons de perdre, un esprit si gentil, les opinions si saines, les meurs si douces
Rien ne presse un estât que l'innovation : le changement donne seul forme à l'injustice et à la tyrannie. Quand quelque pièce se démanche, on peut Testayer; on peut s'opposer à ce que l'altération et corruption naturelle à toutes choses ne nous esloingne trop de nos commencemens et principes ; mais d'entreprendre à refondre une si grande machine et en changer les fondements, c'est à faire à ceux qui veulent amender les deftauts particuliers par une confusion universelle et guarir les maladies par la mort. Le monde est inepte à se guarir : il est si impatient de ce qui le presse qu'il ne vise qu'à s'en defTaire, sans regarder à quel pris. Nous voyons par mille exemples qu'il se guarit ordinairement à ses despens. La aescharge du mal présent n'est pas guarison, s'il n'y a en gênerai amendement de condition '
Je ne veux pas oublier cecy, que je ne me mutine
t'amais tant contre la France que je ne regarde Paris de )on œil : elle a mon cueur dés mon enfance ; et m'en est advenu comme des choses excellentes : plus j'ay veu depuis d'autres villes belles, plus la beauté de cettecy peut et gaigne sur mon affection. Je-l'ayme par elle mesme, et plus en son propre estre que rechargée de pompe estrangiere; je l'ayme tendrement jusques à ses verrues et à ses taches. Je ne suis François que par cette grande cité, grande en peuples, grande en noblesse de son assiette, mais sur tout grande et incomparable en variété et diversité de commoditez ; la gloire de la France et l'un des plus notables ornemens du monde.
de Pibrac, 1 529-1 584. Conseiller au Parlement, conseiller privé du roi, enfin président à mortier, il devint le chancelier de la reine Marguerite, femme de Henri IV, et conçut pour cette princesse une ridicule passion de vieillard. Il a laissé cent vingt-six quatrains fort
honnêtes , mais peu poétiques.
I. Voilà d'utiles conseils pour les amateurs de révolutions. Tirer le moins mauvais parti que l'on peut des constitutions existantes, améliorer au lieu de bouleverser, c'est la politique des sages.
Dieu en chasse loing nos divisions! Entière et unie, je la trouve dépendue de toute autre violence. Je l'advise que, de tous les partis, le pire sera celuy qui la metra en division, et ne crains pour elle qu'elle mesme ; et crains pour elle autant certes que pour autre pièce de cet estât. Tant qu'elle durera, je n'auray faute de retraicte où rendre mes abboys ', suffisante à me faire perdre le regret de tout' autre retraicte ^
J'ay veu ailleurs des maisons ruynées, et des statues, et du ciel, et de la terre : ce sont tousjours des hommes. Tout cela est vray ; et si pourtant ne sçauroy revoir si souvent le tombeau de cette ville î, si grande et si puissante, que je ne l'admire et révère. Le soing des morts nous est en recommandation. Or, j'ay esté nourry dés mon entance avec ceux icy 4 ; j'ay eu connoissance des affaires de Romme long temps avant que je l'aye eue de ceux de ma maison. Je sçavois le Capitule et son plant avant que je sceusse le Louvre, et le Tibre avant la Seine. J'ay eu plus en teste les conditions et fortunes de LucuUus, Metellus et Scipion, que je n'ay d'aucuns hommes des nostres. Ils sont trcspassez ; si est bien mon pcre aussi entièrement qu'eux, et s'est esloigné de mov et de la vie, autant en dixhuict ans que ceux-là ont faict en seize cens; duquel pourtant je ne laisse pas d'embrasser et practiquer la mémoire, l'amitié et société, d'une parfaicte union et trés-vive 5. Voire, de mon humeur, je me rends plus officieux envers les trespassez : ils ne s'aydent plus, ils en requièrent, ce me
1 . Comparaison avec le cerf aux abois, oui va se réfugier et mourir.
2. Voici donc Montaif^iio cpris de Paris en Parisien. 11 aimait pourtant son château et sa « librairie ». Une fois de plus, nous le voyons « ondoyant et divers ». Le château de Mont.ii;^ne et sa « librairie », Paris, Rome furent ses endroits préférés.
j. Dans la Rome de la Renaissance, .Montaigne avait vu surtout le tombeau de la Rome antique.