‹ Extraits de MontaigneChapitre 332 sur 353 · Ceux-ci, les Rom.iins · texte numérisé non relu

Ceux-ci, les Rom.iins

5. Les lettrés du xvi* siècle, des hommes tels que la Boétie et Montaigne, par la force de leur enthousiasme, vivaient d'esprit et même de cœur avee les grands hommes d'autrelois.

semble, d'autant plus mon ayJe. La gratitude est là justement en son lustre ; le bien-faict est moins richement assigné où il v a rétrogradation et reflexion '. Arcesilaus, visitant Appelles malade et le trouvant en pauvre estât, luv fourra tout bellement soubs le chevet du licl de l'argent qu'il lui donnoit, et, en le luv celant, luy donnoit en outre exemption de luy en sçavoir gré. Ceux qui ont mérité de moy de l'amitié et de la reconnoissance, ne l'ont jamais perdue pour n'y estre plus ; je les ay mieux payez et plus soigneusement, absens et ignorans : je parle plus affectueusement de mes amis, quand il n'y a plus moyen qu'ils le sçachent. Or, j'ay attaqué cent querelles pour la deffence de Pompeius et pour la cause de Brutus. Cette accointance dure encore entre nous ; les choses présentes mesmes, nous ne les tenons que par la fantasie. Me trouvant inutile à ce siècle, je me rejecte à cet autre, et en suis si embabouvné * que Testât de cette vieille Romme, libre, juste et tïorissante (car je n'en ayme ny la naissance ny la vieillesse) m'intéresse et me passionne. Parquoy je ne sçauroy revoir si souvent l'assiette de leurs rues et de leurs maisons, et ces ruynes profondes jusques aux antipodes, que je ne m'y amuse 3. Il me plaist de con-

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