Très-rare. — Très (de trans
à travers, de part en part, tout à fait) n'est pas un véritable adverbe :
il sert à former les superlatifs et peut être considéré comme une particule séparable, mais qui n'est pas toujours séparée de l'aJfectif.
Aussi trouve-t-on quelquefois la forme Irésrare, et ici même dans certaines éditions.
4S ESSAIS DE MOXTAIGN'E
que j'en souffre, si en mon païs on veut dire qu'un homme n'a poinct de sens, ils disent ' qu'il n'a point de mémoire ; et quand je me plains du défaut de la mienne, ils me reprennent et mescroient - comme si je m'accusois d'estrc insensé : ils ne voyent pas de chois entre mémoire et entendement. C'est bien empirer mon marché 5 ; mais ils me font tort, car il se voit par expérience, plustost au rebours, que les mémoires excellentes se joignent volontiers aux jugements débiles. Ils me font tort aussi en cecy, qui 4 ne sçay rien si bien faire qu'estre amv, que les mesmes paroles qui accusent ma maladie représentent l'ingratitude. On se prend de mon affection à ma mémoire, et d'un défaut naturel on en faict un défaut de conscience. Il a oublié, dict-on, cette prière ou cette promesse ; il ne se souvient point de ses amys ; il ne s'est point souvenu de dire, ou faire, ou taire cela, pour l'amour de moy. Certes je puis aiséement > oublier, mais de mettre à nonchalloir ^ la charge que mon amy m'a donnée, je ne le fay pas. Qii'on se contente de ma misère, sans en faire une espèce de malice, et de la malice autant ennemye de mon humeur.
1 . Ils disent. — Ils mis ici pour on. Tournure latine ((;///«/, rfiV»»//).