C.-à-d. en même temps qu'il y
venir a marchander et conter ' : car, si je ne trouve à qui en commettre la charge -, je les esloingne honteusement et injurieusement tant que je puis, de peur de cette altercation à laquelle et mon humeur et ma form»" de parler est du tout 5 incompatible. Il n'est rien que je naisse comme à marchander : c'est un pur commerce de menterie et d'impudence. Après une heure de débat et de barquignage •», l'un et l'autre abandonne sa parolle et ses sermens pour cinq sous d'amandement. Et si > empruntois avec desadventage : car, n'ayant point le coeur de requérir en présence, j'en renvoyois le hazard sur le papier 6, qui ne faict guiere d'effort et qui preste grandement la main au refuser
Ma seconde forme, c'a esté d'avoir des biens ausquels je me prins si chaudement que j'en fis bien tost des reserves notables selon ma condition, n'estimant que ce fut avoir, si non autant qu'on possède outre ' sa despence et son usage ordinaire, ny qu'on puisse prendre asseurance du bien qui est encore en espérance de recepte, pour claire qu'elle soit. Car quoy, disoy-je, si i'estois surpris d'un tel ou d'un tel accident ? Et à la suite de ces vaines et vitieuses imaginations, j'allois foi-
1. Pour l'ctymologie commune de compter et conter (compiitare), voir page 51, note 3.
2. Par mollesse, Montaigne, en .::t;t, prenait peu de soin de ses .iii.iires. Il « en commit la charge » à son valet, lui confiant la bourse et ne demandant jamais compte du déboursé. « J'aime mieux m'entendre dire, au bout de deux mois, que j'ai dépensé quatre cents ccus, <^ue d'avoir les oreilles battues, tous les soirs, de trois, cinq, sept. » (Essais, liv. III, cliap. I.\.)