CHAPITRE XVII
(Cliapitrc XVI dans l'cdition de 1595.)
Un Iraict de qiichjiics ambassadeurs 3.
Sommaire : Sage pratique de Mont.iigne en voyage. — Sa manière de lire l'histoire.
J'observe en mes voyages 4 cette practique pour apprendre tousjours quelque chose par la communica-
I. Montaigne ne fut pas si dédaigneux que cela de la fortune.
« Malgré les appréliensions de son père, il n'a pas ruiné son domaine; il l'a augmenté par deux acquisitions importantes, et, à son décès, la succession de Montaigne a été estimée 90.000 livres. » (D'après le docteur Payen, Documents: iiirdits sur lu biographie de Montaigne, réunis à la Bibliothèque nationale, n" 4, p. }4, cites par Voi^ard dans son édition des Essais). Mais ces économies pouvaient être le fruit des » reserves notables » de la période qu'il appelle « sa seconde forme ».
2. Chapitre XV (Chapitre XIV dans l'édition de 1595). — On est puny pours'opiniastrer à une place s;ins raisons.
Chapitre Xf'I (Chapitre XV d.ms l'édition de IS9))- — ^^ '•'' punition de couardise.
^ Le « Le traict de quelques ambassadeurs » qui donne le titre I
à ce chapitre XVII est celui d'ambassadeurs fran>;ais qui ne rapportèrent pas exactement au roi certaines insolences de l'empereur Charles-Quint. Les réflexions générales par lesquelles commençait ce très court chapitre nous ont paru meilleures à reproduire que le récit de cet événement.
4. Montaigne avait beaucoup de goût pour les voyages. Il y voyait le moyen « d'apprendre tousjours quelque chose par la communication d'autruv, qui est une des plus belles escholes qui puisse estre. »
Aussi indique-t-il la fréquentation du monde, la pratique des iiommes, les voyages, connue la condition indispensable de toute bonne éducation. 0 Car c'est une fascheuse suffisance qu'une- suffisance purement livresque. » Comme tous les érudits du .\vi' siècle et beaucoup d'écrivains — Rabelais, Amyoi, entre autres — , Montaigne visita
tion ù'autruv (oui est une des plus belles escholes qui puisse estre), de ramener tousjours ceux avec qui je confère aux propos des choses qu'ils sçavent le mieui '.
Basti al nocchiero ragionar de' venti.
Al bifolco dei tori, et le sue piaghe Conti'l guerrier, conti'l pastor gli armcnti '.
Car il advient le plus souvent, au rebours, que chacun choisit plustost à discourir du mestier d'autruv que du sien, estimant que c'est autant de nouvelle réputation acquise : tesmoing le reproche qu'Archidamus feit à Periander -, qu'il quittoit la gloire de bon médecin pour acquérir celle de mauvais poète. Et par ce train, vous ne faictes jamais rien qui vaille.
Oplat ephippia les piger, opta! arare cahaUus 3.
i'Iulie. Il voulait puiser à sa source même le pur esprit de la Renaissance. D'ailleurs, un autre motif d'ordre plus commun l'obligea souvent à la vie errante. Il souffrait cruellement de lagravelle.
Ne croyant pas aux médecins, il cherchait quelques distractions à son mal et se résignait tout juste à prendre les eaux. C'est ainsi qu'il alla en Allemagne, en Suisse, puis en Italie par le Tyrol. La relation de ce voyage que Montaigne fit à quarante-sept ans (ijSo et i>8i).
nous a été conservée. C'est une sorte de journal, rédigé partie en français, partie en italien, et. pour la partie française, écrit moitié de la main de l'auteur, moitié, sous sa dictée, de la main d'un domestique.
Au cours de ce long voyage, Montaigne vit, à Ferrare, le Tasse devenu fou. Il passa cinq mois à Rome, bien que, à son g^é, la ville des Papes lui dérobât trop la Rome antique. Enfin il éuit (i)8i)aux
eaux de la Villa, près de Lucques, quand la nouvelle lui parvint de son élection à la mairie de Bordeaux. Il rentra en France pour refuser cet honneur gênant, mais il finit par l'accepter sur l'ordre du roi Henri III. Voir notre introduction : Fie de Montaigtte .