CHAPITRE XXIII
(Ch.ipitre XXII dans l'édition de 1595.)
Df la coustume, et de ne changer aisément une loy reccûe.
Sommaire : Force de la coatnme. — Montaigne se déclare « desgoasté de la nouvelleté » reliçicuse (protestantisme"), qui a donné le branle i TEtat. — La religion chrétienne a toutes les marques d'extrême justice et utilité, surtout parce qu'elle recommande l'obéissance aux lois. — Remède pire que le mal lians le* guerres de religion.
Celuy me semble avoir très-bien conceu la force de la coustume, qui premier forgea ce conte ^, qu'une femme de village, avant apris de caresser et porter entre ses bras un veau dés l'heure de sa naissance, et continuant tousjours à ce faire, gaigna cela par l'accoustumance que, tout grand beuf qu'itestoit, elle le portoit encore : car c'est à la vérité une violente et traistresse maistresse d'escole que la coustume. Elle establit en nous, peu à peu, à la desrobée, le pied de son authorité ; mais, par ce doux et humble commencement l'ayant rassis et planté avec l'ayde du temps, elle nous descouvre tantost 5 un furieux et tyrannique visage, contre lequel nous n'avons plus la liberté de hausser seulement les veux. Nous luy voyons forcer tous les coups les reigles de nature
Je suis desgousté de la nouvelleté 4, quelque visage Qu'elle porte, et ay raison, car j'en ay veu des effets trésaommageables. Celle qui nous presse depuis vingt cinq ou trente ans 5, elle n'a pas tout exploicté *, mais on
1. Chapitre XXII. (Chapitre XXI dans l'édition de i>9)). — Le profit de l'un est dommage de l'autre.