‹ Extraits de MontaigneChapitre 80 sur 353 · Le texte de Sénéque est · texte numérisé non relu

Le texte de Sénéque est

« Cum annum quadragesimuvt transiisset. » Sénéque veut donc préciser la date comme pour bien attester un fait historique. On a dit toutefois, à propos de cette date justement, qu'Auguste vint en Gaule l'an 739, à T'dge de 49 ans.

Et Sénéque ajoute expressément : « et in Gallia moraretur. » De plus, ces chiffres ne concordent pas avec l'indication d'après laquelle Cinna aurait été consul l'année qui suivit la conjuration. Cornélius Cinna fut consul l'an de Rome 757 : la conspiration aurait donc eu lieu en 756, qu.ind Auguste avait 66 ans. Aussi Voltaire a pu écrire : « L'aventure de Cinna laisse quelque doute. Il se peut que

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contre luy, et rccout une juste recompense de cette sienne clémence. Mais il n'en advint pas de mesmes au nostre ', car sa douceur ne le sceut garenlir qu'il ne cheut depuis aux lacs de pareille trahison. Tant c'est chose vaine et frivole que l'humaine prudence, et au travers de tous nos projects, de nos conseils et précautions, la fortune maintient tousjours la possession des evenemens ^.

Nous appelions les médecins 5 heureux quand ils arrivent à quelque bonne fin, comme s'il n'y avoit que leur art qui ne se peut maintenir d'elle mesme 4, et qui eust les fondemens trop frailes pour s'appuyer de sa propre force, et comme s'il n'y avoit qu'elle qui aye besoin que le hazart et la fortune preste la main à ses opérations. Je croy d'elle tout le pis ou le mieux qu'on voudra, car nous n'avons. Dieu mercy, nul commerce

ce soit une fiction de Sénèque ou du moins qu'il ait ajouté beaucoup à l'histoire, pour mieux faire valoir son chapitre de la Clémence...

Séucque suppose la scène en Gaule ; Dion Cassius, qui rapporte cette anecdote longtemps après Sénèque, au milieu du troisième siècle de notre ère vulgaire, dit que la chose arriva dans Rome. Mais, vraie ou fausse, cette clémence d'Auguste est un des plus nobles sujets de notre tragédie. »

1. Le même duc de Guise dont Montaigne a cité un trait de clémence. On sait qu'au siège d'Orléans, en I ^63, il fut tué d un coup de pistolet par le fanatique protestant Poltrot de Méré.

2. C'est ainsi, par le double exemple de la clémence du duc de Guise et de la clémence d'Auguste aboutissant à des effets si contraires, que Montaigne finit par justifier le titre du cliapitre et montre les « liivcr-. . vcnciuens de mesme conseil •>.

5. Bien qu'il s'agisse, ici encore, de « divers evenemens de mesme conseil », on est un peu surpris de passer si brusquement de la clémence d'Auguste aux médecins et à la médecine. Nous .ivons ici un exemple de ce que l'on ne peut guère appeler la composition des Essais, puisque leur caractère propre est de n'en pas avoir. Montaigne écrit au hasard des souvenirs, des impressions, des idées qui viennent « à sauts et à gambades ». Pas de plan rigoureux.

D'un chapitre à l'autre, le sujet change, et fort souvent dans le même chapitre. On ne découvre que malaisément le lien par lequel les idées se déduisent les unes des autres. .Montaigne « sait bien ce qu'il dit, mais non ce qu'il va dire ».

4. Art, au xvi* sièch", était féminin, d'après l'étymologie latine. — \'oir page 44, note 2, et page

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ensemble. Je suis au rebours des autres, car je la niesprise bien tousjours ' ; mais, quand je suis malade, au lieu d'entrer en composition, je commence encore à la haïr et à la craindre, et respons à ceux qui me pressent de prendre médecine, qu'ils attendent au moins que je sois rendu à mes forces et à ma santé, pour avoir plus de moyens de soustenir l'etFort et le hazart de leur breuvage. Je laisse faire nature, et présuppose qu'elle se soit garnie de dents et de griffes pour se deffendre des assaux qui luy viennent, et pour maintenir cette contexture de quoy elle fuit la dissolution. Je crain, au lieu de l'aller secourir ainsi comme ^ elle est aux prises bien estroites et bien jointes avec la maladie, qu'on secoure son adversaire au lieu d'elle et qu'on la recharge de nouveaux affaires 5

I. Montaigne ne manque pas une occasion de déclarer son mépris des médecins. Voir page 74, note 5. — Ce n'est pas qu'il ne fût soucieux de sa santé. Le contraire parait par l'insistance qu'il met à no«iS\ tenir au courant de l'état de son corps en général et de ses digestions en particulier, dans le fameux Journal de ivM'^e. 11 s'observait fort prudemment, se faisant son propre médecin. Mais, en fait de médecine, il ne croyait guère

3u'aux eaux de Plombières et e Lucques. On a cherché les raisons de cette antipathie extrême contre les médecins et la médecine.

Il y avait de l'atavisme : son pire,

son aïeul, son bisaïea'. avaient vécu fort vieux et s'étaient passés de médecine. Il y avait aussi une triste expérience. La Boétie était mort, h son avis, pour avoir eu recours aux médecins. « Ils me tuèrent un amy qui valait mieux que tous tant qu'ils sont. »

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